Alors que les entreprises multiplient depuis plusieurs années les projets de réaménagement autour du flex office, des espaces collaboratifs ou du bien-être au travail, le constat dressé par l’étude est sévère : les bureaux restent largement inadaptés aux usages réels des salariés. Et l'essor rapide de l'intelligence artificielle risque d'aggraver encore la situation.
Un bureau davantage subi que choisi
Premier signal d'alarme : les salariés français ne se rendent pas au bureau par envie, mais par obligation. 37 % citent la contrainte professionnelle comme principale raison de leur présence, devant la collaboration (34 %), la concentration (23 %) ou le sentiment d'appartenance (18 %). Le bureau, censé être un levier d'engagement, est d'abord vécu comme une injonction.
Ce constat s’explique notamment par des conditions de travail jugées peu favorables à la concentration. Les salariés consacrent pourtant près des deux tiers de leur journée à des tâches individuelles. Or, 40 % estiment ne pas disposer d’espaces adaptés pour se concentrer et plus d’un salarié sur deux n’a pas accès à un bureau fermé individuel. Or, l'impact est direct et mesurable : le niveau de satisfaction au travail double lorsque les employés peuvent accéder à des espaces fermés selon leurs besoins.
La confidentialité constitue un autre point de friction majeur. Près de 58 % des répondants déclarent ne pas bénéficier du niveau de discrétion nécessaire à leur travail quotidien — qu'elle soit acoustique (52 %), visuelle (48 %) ou territoriale (40 %).
Le bien-être, enfin, cristallise un paradoxe révélateur : 46 % des salariés le considèrent comme la priorité numéro un pour améliorer leur environnement de travail, mais seuls 17 % se disent satisfaits des espaces de récupération ou de détente disponibles. Pourtant, là encore, quand ces espaces existent leurs effets sont tangibles : la satisfaction globale au travail progresse de 26 %, selon Steelcase.
L’écran omniprésent, vecteur de désengagement
L'étude pointe également une tendance préoccupante : la montée du désengagement liée à l'intensification du travail sur écran. Aujourd'hui, 71 % du temps passé devant un écran s'effectue en solitaire. Et lorsque cette activité dépasse 80 % du temps de travail, le niveau d'engagement chute de 12 %.
Dans ce contexte, le bureau pourrait être amené à jouer un nouveau rôle : devenir un lieu de respiration, de lien social et de déconnexion partielle plutôt qu’un simple espace de production numérique.
La diversité des espaces, un avantage concurrentiel sous-exploité
Steelcase identifie toutefois un levier différenciant clair : la diversité des espaces de travail. Les salariés ayant accès à au moins trois types d’environnements adaptés à différents usages — concentration, collaboration, échanges informels ou récupération — affichent des niveaux plus élevés d’engagement (+14 %), de bien-être (+13 %) et de sentiment d’appartenance (+16 %). Ils sont également moins susceptibles d’envisager de quitter leur entreprise. Le problème ? Seuls 37 % des salariés dans le monde bénéficient aujourd'hui de cette diversité. Les 63 % restants évoluent dans des environnements aux typologies limitées à deux espaces ou moins.
L’IA accélère la nécessité de repenser les bureaux
À ces fragilités structurelles s’ajoute désormais l’impact croissant de l’intelligence artificielle sur l’organisation du travail. Selon une étude Steelcase complémentaire, 78 % des dirigeants américains estiment que l’IA entraînera une transformation significative des bureaux dans les prochaines années. Et plus d’un tiers des utilisateurs d’IA déclarent déjà modifier leur usage des espaces physiques de travail.
La journée de travail se restructure autour de nouveaux rythmes : dialogue seul avec l'IA, synthèse collective en présentiel, récupération. Près de la moitié des utilisateurs d'IA déclarent que cela a notamment modifié la fréquence de leurs interactions avec leurs collègues, dont 78 % dans le sens d'une intensification.
Pour Steelcase, cela implique désormais de repenser concrètement l'aménagement des espaces autour de trois axes stratégiques. D'abord, des zones de concentration offrant intimité et équipements adaptés au dialogue avec l'IA. Ensuite, des espaces de collaboration flexibles, conçus pour alterner rapidement entre partage d'information, évaluation collective et co-création. Enfin, des lieux de socialisation et de récupération — cafés, espaces détente, environnements biophiliques — pour contrebalancer l'intensité des écrans et préserver le lien humain.