Pas de salle disponible, une caméra qui ne s’allume pas, un micro qui grésille… Et au final, une réunion qui commence avec 10 minutes de retard. Cette situation, de nombreuses entreprises et collaborateurs l’ont déjà vécu. Parmi elles, Manutan, qui a alors décidé de revoir l’aménagement et l’équipement de ses salles de réunion au siège du groupe pour améliorer l’expérience de visioconférence. Nathalie Cara, responsable environnement de travail au sein du groupe Manutan, revient pour nous sur les enjeux et les résultats de ce projet de transformation.




Je regarde le podcast : 




La visioconférence est-elle vraiment devenue la norme dans les entreprises, y compris pour des collaborateurs physiquement présents au bureau ?


Absolument. Aujourd’hui, il n’existe plus une seule réunion qui ne compte pas au moins un participant en visioconférence. C’est une réalité quotidienne, et il faut en prendre la pleine mesure.


Pourtant, beaucoup d’entreprises semblent encore tâtonner sur ces usages...


Oui nous sommes encore dans une phase d’apprentissage collectif. Avant la crise sanitaire, la visio était optionnelle. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous passer de ces systèmes. Mais la maturité ne s’acquiert pas du jour au lendemain. Il faut vraiment intégrer ces outils dans les modes de fonctionnement au quotidien, et notamment dans la conception des sites. Ce n’est pas uniquement une question de technologies : c’est un changement profond dans la manière dont on pense l’espace de travail.


À quoi ressemblait auparavant l’expérience de visioconférence au sein du groupe Manutan ?


Le dispositif n’était plus adapté aux nouveaux usages, il faut le reconnaître. Nos salles étaient équipées de vidéoprojecteurs ou d’écrans selon les rénovations ponctuelles réalisées au fil des années, mais elles n’avaient pas été pensées pour la visioconférence. En pratique, cela entraînait des réunions fragmentées : son coupé pour éviter les échos, participants autour de la table mais connectés individuellement depuis leur PC, et une interaction humaine largement altérée. L’expérience de réunion s’en trouvait alors fortement appauvrie.


Vos espaces n’avaient pas évolué depuis plusieurs années ?


Depuis 2011, pour être précise. Lors du réaménagement post-covid, nous avions prioritairement rénové les open spaces mais nous n’avions pas pris le parti de rénover nos salles de réunion. Il s’est avéré que c’était finalement devenu essentiel afin que nos collaborateurs aient des salles qui correspondent à leurs usages quotidiens actuels.


Est-ce que, comme dans beaucoup d’entreprises, les collaborateurs préféraient rester à leur poste pour leurs réunions en visio ?


Oui, tout à fait. Faute d’un réel avantage à se déplacer en salle, les collaborateurs privilégiaient naturellement leur poste de travail pour les réunions en visioconférence. Il était donc essentiel de repenser nos salles de réunion afin de créer une véritable valeur ajoutée et une expérience différenciante par rapport aux usages individuels.


Les freins étaient-ils davantage techniques ou culturels ?


Avant tout techniques. Et c’est d’ailleurs un enseignement clé : quand la technique est au rendez-vous, les comportements évoluent naturellement. Sans effort particulier ni nécessité de convaincre, les collaborateurs reviennent spontanément en salle de réunion, car l’expérience devient réellement fluide et efficace.


L’enjeu était donc de faire revenir les collaborateurs en salle de réunion… Vous avez décidé pour cela de repenser vos espaces de réunion. Quel était le périmètre et le cahier des charges pour ce réaménagement ?


800 m² de salles de réunion, soit une quinzaine de salles réparties au rez-de-chaussée de notre siège. Les enjeux étaient doubles : recréer une ambiance conviviale — nos salles étaient très neutres et fonctionnelles mais manquaient de chaleur et de personnalité — et surtout adapter et intégrer la visioconférence de manière native dans l’aménagement. La technologie ne pouvait pas être un ajout, elle devait être pensée dès la conception des espaces. Pour cela, notre aménageur a travaillé avec la société qui s’occupe de nos systèmes de visioconférence afin que la visioconférence soit complètement intégrée à l’aménagement de la salle de réunion.


Comment avez-vous organisé la conduite du projet ?


Nous avons mis autour de la table toutes les parties prenantes dès le départ : notre aménageur, les équipes IT, et les fournisseurs de solutions de visioconférence. Des comités de pilotage d’abord mensuels, puis hebdomadaires, ont rythmé le projet. Cette coordination était essentielle : la transformation de l’environnement de travail ne peut se faire sans une étroite collaboration avec l’IT.


Avez-vous consulté les utilisateurs en amont ?


Bien sûr, c’est une étape fondamentale. Nous avons mené des ateliers avec notre aménageur pour comprendre les besoins de chaque type de population présente sur le site. Ces enquêtes nous ont permis de construire un cahier des charges réellement adapté, et non une solution “clé en main” déconnectée de nos usages.


Concrètement, qu’est-ce qui a changé dans une salle type ?


Plusieurs choses. D’abord, un écran à l’entrée de chaque salle permettant de vérifier la disponibilité ou de réserver instantanément. Résultat : les «shadow reservations» ont disparu. Nous avons également revu les configurations : les tables étaient trop grandes par rapport à la surface disponible. Nous avons introduit des formats plus adaptés et varié les propositions, avec des tables classiques et hautes, car l’on interagit pas de la même façon en fonction de la table ou de la posture. L’acoustique et l’ambiance générale ont aussi été entièrement repensées.


Et sur le plan technologique ?


Toutes les salles sont désormais équipées pour la visioconférence, avec des écrans modernes. Mais surtout, nous avons harmonisé les solutions : même système dans chaque salle, même usage, même interface. On appuie sur un bouton, la réunion démarre. Ce point est central : fini les 10 minutes perdues en début de réunion à chercher comment se connecter.


L’acoustique est souvent le parent pauvre de ces projets. Comment l’avez-vous traitée ?


Nous avions une contrainte particulière liée à nos planchers techniques, qui diffusaient le son par le bas d’une salle à l’autre. Nous avons installé des barrières phoniques dans ces planchers et habillé l’ensemble des murs de matériaux absorbants.


Quel est, selon vous, le facteur ayant eu le plus d’impact sur l’expérience utilisateur ?


L’ambiance. Recréer quelque chose de chaleureux, « comme à la maison », a transformé la perception que les collaborateurs avaient de ces espaces. On voit la différence d’occupation au quotidien. Et surtout, on n’entend plus personne se plaindre que «ça ne marche pas». Mais cela implique aussi une vigilance permanente : nos équipes IT passent chaque matin vérifier l’opérationnalité de toutes les salles, et nous disposons d’un monitoring des équipements pour détecter les dysfonctionnements en temps réel.


Le taux d’usage a-t-il progressé depuis ?


Je n’ai pas encore de données chiffrées précises, mais l’observation parle d’elle-même : les salles sont réservées et réellement occupées. C’est justement notre prochaine étape : extraire de la donnée fiable via les systèmes de visioconférence pour disposer de KPI solides sur la durée d’occupation ou le nombre de participants pour continuer à affiner notre approche.


Un conseil pour les entreprises qui souhaitent améliorer leur expérience visio ?


Commencez par consulter vos collaborateurs. Comprendre les usages réels avant de déployer quoi que ce soit est absolument primordial. L’erreur classique, c’est de concevoir le projet dans son coin.