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Qualité de vie au travail

Halte au pinkwashing

S.D | 5 mars 2018 |

© DR
Aménagement comme à la maison, coachs personnels et salles de sport à disposition, avènement de responsables de notre bonheur au travail… Ces derniers temps, à bien y regarder, le travail n’a plus vraiment l’air d’en être ! Et aller au bureau relèverait finalement plus de l’expérience à vivre que de l’obligation… Voilà un tableau qui pourrait séduire ! Pourtant, le bien-être au travail ne va pas si bien qu’on pourrait le croire.

Surcharge de travail, perte de sens, manque de reconnaissance et d’autonomie, isolement, etc. sont autant de facteurs de dégradation des conditions de travail que les experts observent au sein des organisations. Ces dernières devant d’ailleurs en supporter les coûts : non réalisation de certaines tâches, embauche et formation de remplaçants, salaires versés à la personne absente… Au point que « les mauvaises organisations du travail sont la première cause de dégradation de la compétitivité des entreprises du secteur privé, bien avant les coûts salariaux et charges sociales », explique le cabinet de conseil en RSE Mozart Consulting et le groupe de prévoyance Apicil, qui calculent et publient depuis maintenant 7 ans l’IBET, pendant de l’EBIT, qui mesure la performance économique, pour le bien-être au travail. Un coût du mal-être au travail qu’ils estiment à 12 600 euros par salarié et par an (dans le privé), dont 80 % (10 100 euros) sont des coûts compressibles et donc récupérables. Dans le détail, sur les 10 100 euros de coûts compressibles, 23 % seraient liés aux absences (accidents du travail, maladie professionnelle, absentéisme), 34 % aux ruptures de contrat de travail du fait de l’employeur, et 42 % aux désengagements des salariés (démissions, ruptures conventionnelles, départs pendant la période d’essai).

 

 

Des souffrances récurentes

Ce constat, ils ne sont pas les seuls à le faire. Pour l’Institut Gallup, qui a lui aussi développé son baromètre QVT (qualité de vie au travail), la France est même le mauvais élève européen de l’engagement de ses salariés, avec plus d’un quart d’entre eux « activement désengagés » dans leur travail (la moyenne mondiale étant à 13 %), pour seulement 9 % d’« engagés ». Une étude récente du Ceet liait une grande partie de ce désengagement aux politiques d’ajustement par le bas du marché du travail. Plus alarmant encore, une autre étude du cabinet Technologia agréé par le ministère du Travail annonce que 3,2 millions d’actifs français sont considérés « à risque élevé de burn-out ».

 

« Les mauvaises organisations du travail sont la première cause de dégradation de la compétitivité des entreprises du secteur privé »

 

Dans son enquête nationale « Parlons travail » dont les résultats ont été publiés en mars dernier, la CFDT dressait elle aussi un état des lieux d’un monde du travail où les souffrances sont récurrentes (et ce même si les salariés déclarent majoritairement aimer leur travail et le juger utile). Parmi les chiffres clés de leur étude, notons qu’une personne sur trois affirme avoir déjà fait un burn out. Que pour 32 % des personnes interrogées, le travail dégrade plutôt la santé. 58 % des personnes interrogées déclarent avoir déjà pleuré à cause de leur travail. Un chiffre qui fait écho aux 69 % de personnes interrogées qui jugent qu’on leur « fixe plutôt des objectifs intenables ». Les salariés sont une écrasante majorité à souhaiter que leur entreprise ait un fonctionnement plus démocratique. À travers plusieurs réponses, la hiérarchie est rejetée. Dans la situation hypothétique où il n’y aurait pas de chef, 24 % estiment qu’ils « travailleraient mieux » tandis que pour 64 % d’entre eux, « ça ne changerait pas grand-chose ». Pour améliorer la situation, les collaborateurs souhaiteraient davantage d’autonomie (82 %) tandis que le manque de reconnaissance est ce qui pèse le plus lourd (42 %) devant les inégalités de salaire (11 %). La mobilité apparaît aussi comme un objectif pour les Français. Pour 53 % des personnes interrogées, leur « carrière idéale » exigerait de « changer de métier au cours de la carrière » contre seulement 37 % pour qui elle rimerait avec une « carrière sans période de chômage ». Face à ces enjeux de taille, attention aux sirènes du glissement de langage et aux mesures gadget. Un « CHO » stagiaire qui organise des « team building » à la file pour ses « talents » et un joli canapé rouge ne saurait offrir des conditions de bien-être au travail aux salariés. Gare au pinkwashing !



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