Voiture ou vélo ? Incitées par la réglementation mais aussi par les attentes des salariés, notamment des nouvelles générations, les entreprises revoient peu à peu leurs plans en matière de mobilité en faveur de solutions plus douces telles que le vélo, le covoiturage, l’électrique, etc. Des initiatives bienvenues pour réduire l’usage de la voiture, qui reste ­malgré tout encore majoritaire dans les trajets domicile-travail. Focus.

Parmi les sujets sur la table des directions de l’environnement de travail, celui lié à la mobilité des salariés semble avoir le vent en poupe. Incitées par la loi d’orientation des mobilités, publiée au Journal officiel le 26 décembre 2019, les entreprises s’emparent peu à peu de l’enjeu de la mobilité, avec pour objectif d’aller vers des modes de déplacement plus doux. Un sujet qui plus est d’actualité à l’heure où le prix du carburant continue d’enregistrer d’importantes augmentations. « De plus en plus d’entreprises s’intéressent par ailleurs à leur bilan carbone », note Laurent Perron, co-créateur et animateur de la Fresque de la Mobilité. Or, selon une étude Bearing Point, les déplacements domicile-travail représentaient en 2020 12 % du total des émissions liées au transport (20 millions de tonnes d’émissions de dioxyde de carbone) auxquelles s’ajoutent 16 % (26 millions de tonnes de CO2) liées aux véhicules utilitaires légers et les trajets professionnels en avion. Une part non négligeable, donc. Conscientes de l’enjeu, les entreprises avancent et cherchent à revoir leurs pratiques en matière de mobilité en se tournant vers des alternatives. Selon une enquête menée fin 2021 par la CCI Paris Île-de-France et la Région Île-de-France, 34 % des entreprises interrogées avaient une étude en cours sur les déplacements de leurs salariés et 20 % souhaitaient en engager une.

La voiture, toujours la préférée des Français

Mais le chemin à parcourir reste encore long… Pour l’heure, la voiture demeure largement majoritaire dans les déplacements domicile-travail des salariés, représentant près de 80 % des kilomètres parcourus. Un usage renforcé par ailleurs par la crise sanitaire. « Avant le Covid, nous avions déjà initié une démarche afin de favoriser une mobilité douce ou tout du moins, d’éviter de prendre la voiture. Mais avec la pandémie, il y a eu un retour en arrière. Les salariés ont (re)favorisé la voiture plutôt que les transports en commun ou le covoiturage car cela les rassurait », témoigne Magali Audibert, responsable de l’innovation et de la mobilité à la direction des services aux collaborateurs de Carrefour. Au plus fort de la crise sanitaire, 76 % des actifs français utilisaient en effet une voiture dans le cadre de leurs trajets professionnels ou domicile-travail, selon une étude de l’Ifop et d’Alphabet France.

Un passage à l’électrique imposé mais mitigé

Si la voiture n’est donc pas appelée à disparaitre du quotidien des Français, la loi LOM demande néanmoins aux entreprises, publiques comme privées, de fournir des efforts afin de verdir leurs flottes automobiles. Elle leur impose notamment d’acquérir une part de plus en plus importante de véhicules propres (émettant moins de 60 g de CO2 / km), au fil des renouvellements. Pour Laurent Perron, s’il y a un vrai boom de la voiture électrique depuis deux ans pour des raisons réglementaires, « dans la réalité du parc roulant, elle ne représente pour l’heure pas grand-chose. On parle de moins d’un million de voitures électrifiées sur 40 millions de voitures au total ». Ce dernier constate encore plusieurs freins au développement de l’électrique parmi lesquels le prix, mais aussi un problème de perception de l’autonomie et de l’infrastructure de recharge.

Chez Saint-Gobain, qui a profité de son emménagement dans la nouvelle tour de La Défense pour réduire le nombre de places de stationnement pour les voitures, les bornes de rechargement semblent pourtant rencontrer un certain succès. « On s’aperçoit que l’on a beaucoup plus de demandes que de bornes ! », constate Dominique Delattre, directrice de l’environnement de travail du groupe. « La question qui se pose désormais est de savoir si l’on augmente le volume de bornes ou bien si l’on essaie dans un premier temps de mettre en place un système de partage et de rotation, sachant qu’un rechargement dure généralement deux heures et que les collaborateurs ont pour le moment tendance à laisser stationner leurs véhicules toute la journée sur la borne de recharge », poursuit-elle.

Vélo, boulot, dodo

Côté deux roues, le vélo semble quant à lui se frayer de plus en plus un chemin dans les entreprises. Largement encouragé au moment des déconfinements (Elisabeth Borne, alors ministre des Transports, avait déclaré vouloir « que cette période fasse franchir une étape dans la culture vélo, et que la bicyclette soit la petite reine du déconfinement en quelque sorte »), son usage ne s’est pas démenti depuis. Une progression des pratiques en mode loisirs mais pas seulement, puisqu’on constate une hausse des chiffres également durant la semaine, selon un baromètre Zenride. Hausse toutefois plus marquée dans les grandes agglomérations (+54 %) et les villes de moins de 10 000 habitants (+50 %). Moins en zone rurale, où les distances et la dangerosité des routes départementales freinent quelque peu les envies. « Avant la crise, l’usage des vélos par les collaborateurs était déjà en croissance, note Dominique Delattre. Mais il est vrai que la crise a très largement accéléré la tendance ». Pour répondre à cette demande, Saint-Gobain a installé 200 places de parkings vélos dans sa nouvelle tour et enregistre d’ores et déjà un taux d’occupation largement supérieur à 50 %. « La stratégie du groupe est de décarboner un maximum le poste collaborateur. Les parkings vélos s’accompagnent alors d’une démarche qui encourage le collaborateur à utiliser le vélo. Nous avons par exemple signé un partenariat avec Zenride pour favoriser l’achat de vélos électriques que nous subventionnons à hauteur de 50 %. Nous avons également mis en place des casiers de rechargement pour les batteries afin de dépanner si besoin, l’objectif étant toutefois que le collaborateur gère sa recharge à domicile », précise la directrice de l’environnement de travail. Pour la suite, le groupe réfléchit à installer une station de réparation et de maintenance que les collaborateurs pourront utiliser eux-mêmes ou encore à l’instauration d’une maintenance « plus poussée » et gérée par un prestataire extérieur, notamment pour gérer les vélos électriques.

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En région parisienne, les services autour du vélo semblent ainsi s’imposer peu à peu comme un nouveau standard. Les derniers projets immobiliers ne s’y trompent pas. Tous, ou presque, ont prévu des stationnements pour les deux-roues. Tout juste inauguré, Métal 57, le nouveau siège de BNP Paribas Real Estate situé à Boulogne-Billancourt, s’inscrit dans une démarche de mobilité douce en mettant à la disposition de ses utilisateurs un système de partage non seulement d’automobiles, mais aussi de vélos et de scooters électriques ainsi qu’un atelier de réparation pour les vélos. Même son de cloche du côté du coworking. Morning Laffitte, dont l’ouverture est prévue à l’automne, promet d’ores et déjà un « très grand local à vélo ». « On se rend compte que c’est un critère qui peut faire pencher la balance pour nos clients au moment de choisir un site », commente Claire Riondel, directrice marketing de la marque. 

La mobilité à la carte

Pour inciter toujours plus les entreprises à se diriger vers une mobilité douce, un forfait mobilités durables a été instauré en 2020 par la Loi d’Orientation des Mobilités. Il permet aux employeurs d’être exonérés de cotisations sociales sur un montant maximal de 600 euros à rembourser à leurs collaborateurs pour leurs frais de déplacement domicile-travail, que le trajet soit effectué à vélo, en covoiturage, en autopartage ou avec des modes de déplacement tels que le vélopartage, les trottinettes et scooters électriques en libre-service. Pour l’heure, le forfait mobilités durables, facultatif pour l’employeur, connait un démarrage… en douceur. Plusieurs entreprises soulignent notamment des difficultés de mise en place par manque d’accompagnement ou d’enveloppe budgétaire.

Parmi celles qui ont franchi le pas, les retours sont plutôt bons en revanche. « Nous avons fait le choix de proposer le forfait mobilités durables à nos collaborateurs via une application, Worklife. Cela rend la mise en place plus simple pour l’entreprise et l’appropriation est facilitée pour le salarié car l’application regroupe également les tickets restaurants », explique Dominique Delattre, de Saint-Gobain qui a fait le choix d’expérimenter pour le moment le forfait mobilités durables auprès de certaines entités du groupe. « Le salarié en fait ce qu’il veut, à titre professionnel mais aussi personnel. Nous avons fixé le plafond à 500 euros par an. Le collaborateur peut se faire rembourser tout ou partie de son abonnement aux transports en commun, comme faire réparer son vélo par exemple », poursuit-elle.

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@source : Baromêtre Forfait Mobilités Durables, Ademe Avril 2021

Au-delà du forfait, une variante, baptisée « crédit mobilité », est également proposée aux entreprises. Ce dispositif s’adresse aux collaborateurs qui ont une voiture de fonction et qui en font peu usage. Ils peuvent renoncer totalement ou partiellement à leur véhicule, et reçoivent en compensation une enveloppe pour leurs frais de déplacements professionnels et personnels. C’est notamment l’option choisie par Metro, qui propose le crédit mobilité depuis le mois de mars à ses cadres non-itinérants qui désirent abandonner leur voiture de fonction. Ils se voient ainsi attribuer un budget mobilité, via la carte Betterway, utilisable pour les trajets domicile-travail, personnels et familiaux. Ce montant peut être employé pour du transport en commun, du taxi, un abonnement à un réseau de vélopartage ou l’achat d’un vélo, la location d’un véhicule pour les vacances, des billets de train, etc. Quant à ceux qui souhaitent conserver un véhicule de fonction, ils choisissent alors un véhicule électrique de catégorie inférieure et reçoivent le delta en crédit mobilité, à dépenser avec leur carte. « Désormais, avec une simple carte de crédit, nos collaborateurs peuvent se déplacer comme ils le souhaitent, de manière plus verte et souvent partagée, et acheter un vélo, une trottinette, des billets de train ou louer un véhicule », détaille Mélaine Pouchain de Vita, responsable mobilité de déplacement chez Metro. L’année 2022 devrait être celle de la prise de conscience pour le crédit mobilité. « Nos collaborateurs, nouvelle génération mais pas que, nous challengent sur le véhicule de fonction », constate Mélaine Pouchain de Vita. Et Metro ne fait, a priori, pas figure d’exception.