L'aménagement des espaces de bureaux a connu une grande métamorphose ces dernières décennies. Zoom sur 10 tendances repérées par la rédaction au fil des reportages, visites de bureaux et portfolios...

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01 - Des bureaux pensés par les collaborateurs

En amont du projet d'aménagement, on note tout d'abord la pré­sence et l'implication accrue des collaborateurs. Inclus au cœur des démarches, ils sont invités à exprimer leurs besoins, leurs envies, etc. Des groupes de travail s'organisent en interne, mêlant inter­views individuelles, ateliers pratiques et collaboratifs, sessions de brainstorming ou design thinking, jeux ludiques avec lego ou autres ... Tout est bon pour stimuler les futurs occupants afin d'imaginer les espaces les plus adéquats à leurs méthodes de tra­vail ! Les plateaux pilotes se démocratisent et permettent aux sala­riés de tester en conditions réelles et aux donneurs d'ordres d'ajus­ter en cas de besoin. Certains poussent même encore plus loin la démarche ... C'est le cas notamment de Deloitte qui, en s'installant dans la tour Majunga, a déployé diverses configurations sur plu­sieurs étages. Les collaborateurs étaient invités à les tester pen­dant plusieurs mois afin de voir ce qui correspondait réellement à leurs usages, s'assurant ainsi d'éviter les impairs et éventuels flops d'une fausse bonne idée. 

 

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02 - Des bureaux ne manquant pas de diversité

L'open space tel qu'il a été pensé au départ a fait son temps. Trop bruyant, pas assez confidentiel (lire aussi p.16) ... Aujourd'hui, il se repense mais surtout se voit compléter de divers espaces afin de répondre à des besoins et usages précis tels que se concentrer, passer un coup de fil, collaborer, etc. Le principe dit de « l'ac­tivity-based working » a ainsi fait son bout de chemin dans les projets d'aménagement. Aussi, de nouveaux formats de salles de réunion ont fait leur apparition afin de permettre aux sala­riés de partager et d'échanger avec leurs collègues. Du point d'équipe à la réunion générale, en passant par la réunion infor­melle à deux ou à plusieurs, toutes les tailles cohabitent, en version mobile, semi-ouvert, en dure, vitrée, qu'il s'agisse de la grande salle d'un demi-étage aux petits espaces comme les cabines téléphoniques individuelles, les salles de vidéo ou télé­conférence. Parallèlement, les zones de confidentialité se déve­loppent, certaines entreprises se dotant même d'espaces dédiés au silence où l'on vient travailler sans son téléphone. 

 

© Saguez & Partners, agence de design global / Frederic Baron Morin

03 - Des bureaux qui s'ouvrent davantage

L'entreprise s'ouvre aussi peu à peu à son territoire, devenant un véri­table acteur de son écosystème local. Et cette tendance se retrouve dans la manière de penser les aménagements. Aussi, les espaces de restauration prévoient des zones et plages d'ouverture pour les visiteurs et le public, les espaces d'accueil intègrent des zones afin de permettre aux collaborateurs nomades de s'installer quelques heures et travailler. De plus en plus d'entreprises, principalement des grands comptes, se mettent également au corpoworking, et créent des espaces de coworking directement dans leurs organisa­tions, installés généralement au rez-de-chaussée de leurs bureaux. Ces espaces composés bien souvent de grandes tables en bois, de salle de créativité, d'une cafétéria et des sièges confortables per­mettent aux collaborateurs de planifier des rendez-vous avec des personnes extérieures à l'entreprise, d'organiser des conférences ou évènements grâce à un mobilier modulable. 

 

 

© Mark Cocksedge

04 - Des bureaux qui font bouger

Avec cette diversité d'espaces (open space, salle de réunion, café­téria, salle de détente, bulles téléphoniques, etc.), les salariés sont invités à se déplacer fréquemment dans les bureaux de l'entreprise. Une mobilité dans les espaces renforcée avec le développement des bureaux assis-debout ou la variété des assises désormais pro­posées dans les espaces plus informels, qui permettent de varier les postures et de combattre la sédentarité, déclarée nouveau mal du siècle chez les actifs. L'escalier devient lui aussi un sujet à part entière et suscite l'intérêt. Car un escalier bien aménagé, dans une entreprise où les collaborateurs sont amenés à se déplacer d'un service à l'autre au gré de la journée, participe activement à l'exer­cice physique de ces derniers. Longtemps considéré comme une solution« de secours », servant principalement à l'évacuation des personnes en cas d'incendie, les escaliers étaient jusqu'à présent cachés et conçus au minimum réglementaire. Aujourd'hui, ils sont visibles depuis les paliers, éclairés naturellement et deviennent assez larges pour permettre de s'y croiser. On peut même y créer et aménager des paliers de repos ou des gradins pour que les utili­sateurs aient envie de s'y arrêter. En 2018, la montée des marches a le vent en poupe!  

 

© Saguez & Partners, agence de design global / Frederic Baron Morin

05 - Des bureaux stimulants 

Autrefois plutôt cantonnées aux services R&D, la création et l'in­novation se propagent peu à peu à tous les étages et concernent désormais l'ensemble des salariés. Encouragement à l'expression individuelle, à la créativité ... Pas un communiqué annonçant un nouvel aménagement ne déroge à la règle ! S'il s'agit principale­ment de discours, certaines entreprises aménagent tout de même des espaces dédiés. On retrouve ainsi des salles de créativité avec poufs, hamacs ou balançoires, tableaux écritoires qui courent sur tous les murs, post-itgéants ... D'autres ont même intégré un fablab au sein de leurs locaux, cet espace aux airs d'atelier de bricolage où l'on retrouve toutes sortes d'outils pour la conception, le proto­typage et la réalisation d'objets. La révolution digitale étant pas­sée par là, on voit apparaître des labs pensés eux aussi pour favo­riser l'innovation mais cette fois, digitale et non plus uniquement physique. Côté aménagement, ils se différencient clairement des fablabs à proprement parler. Ici, pas de machine ou d'outil mais plutôt de la technologie à tour de bras! Il y a des zones de co-créa­tion, de brainstorming ou encore des salles d'immersion. Avec tou­jours, la présence forte de technologies digitales et collaboratives pour aider les utilisateurs à avancer dans leurs projets. 

 

© Mariko Reed / Airbnb Environments Team

06 - Des bureaux où l'on s'entend 

Au-delà de la diversité des espaces, la multiplication des open space et autres bureaux partagés a également pointé du doigt des faiblesses côté sonore ... C'est bien simple, il fût un temps où on ne pouvait plus traverser un open space sans apercevoir des casques ou écouteurs vissés sur les oreilles des collaborateurs. De quoi remettre sérieusement en question l'avenir même de la communi­cation au sein de ces espaces ... Pour éviter d'en arriver là, de nom­breuses solutions sont arrivées sur le marché. Les phone box ont ainsi très facilement trouvé leur place au sein des plateaux. On les retrouve en version fermées, semi-ouvertes, mobiles ou hermé­tiques, personnalisées, etc. Le mobilier de travail intègre lui aussi de plus en plus des modules acoustiques comme des panneaux servant également à afficher ou punaiser des documents. Les pla­fonniers deviennent aussi multi usage en intégrant des solutions acoustiques, discrètes mais efficaces. Sans oublier les revêtements muraux qui se repensent en optant pour des styles modernes et décoratifs. De quoi, on l'espère, satisfaire les 50 % d'actifs qui se disent encore gênés par le bruit et les nuisances sonores au travail. 

 

© Saguez & Partners, agence de design global 

07 - Des bureaux écolos 

La nature a fait une entrée remarquée dans les bureaux. Les bâti­ments labellisés se multiplient et les intérieurs laissent de plus en plus de place au vert. Si la réglementation n'a pour l'heure rien prévu pour quantifier la bonne « dose » de nature à fournir aux salariés, de nombreuses structures installées en cadre urbain ont compris les bénéfices qu'elles pouvaient tirer d'un environnement de tra­vail biophilique, prévoyant des plantes vertes voire l'accès à des patios, balcons, jardins ou bassins ! Chez Bouygues Construction, des bureaux fertiles abrités et chauffés, concentrent des espaces de réunion et des lieux de pause permettant aux salariés de travail­ler, dans une atmosphère plus sereine. Au siège du Crédit Agricole de Montrouge, le choix s'est porté sur des jardins extérieurs d'ins­piration japonaise visant à déconnecter complétement le salarié, qui peut ici se reposer et tout simplement se balader. Les start-up proposant d'installer potagers, modules d'aquaponie, et autres ateliers de jardinage au beau milieu des bureaux fleurissent. Et souvent, les fruits et légumes cultivés sur place finissent dans les assiettes des RIE ou dans les paniers des salariés. Parallèlement, côté aménagement, de plus en plus de nouveaux projets intro­duisent des matériaux et mobiliers durables, voire issus de l'up­cycling, cette tendance qui consiste à récupérer des matériaux ou des produits en fin de vie ou inutilisés afin de les revaloriser et de leur offrir une seconde vie.  

 

© Mariko Reed / Airbnb Environments Team

08 - Des bureaux qui racontent une histoire 

Peu à peu, l'environnement de travail s'impose comme un compo­sant important en matière de communication. Via les aménage­ments, il véhicule à tous - collaborateurs, prestataires, visiteurs, clients ou encore recrues potentielles - une image dont l'entre­prise peut se servir pour diffuser sa culture de travail, son identité, ses convictions et ses valeurs. Les choix d'aménagement peuvent aussi signifier aux visiteurs des messages plus implicites. Ainsi, il est par exemple possible de mettre en avant le prestige et l'élé­gance de la marque avec des locaux au style haussmanien, des moulures ou une décoration épurée et raffinée, son côté innovant et high-tech avec la mise en avant d'équipements de pointe, suggé­rer la transparence de ses informations et de ses pratiques avec un bel atrium, un accueil lumineux ou des salles de réunion vitrées ... D'autres choisissent de communiquer autour de l'identité de leur marque et de leur offre via des clins d'œil fins et esthétiques. Un extrait de ligne de code de leur site dans la salle de réunion de la start-up Algolia, un imposant luminaire constitué de centaines de bouteilles de sodas en verre au plafond du siège français de Coca Cola, des planches de skate et autres objets street dans les locaux californiens de Vans, des objets artisanaux dans chaque recoin des bureaux du site de vente en ligne Etsy, des espaces reproduisant des logements à louer dans les bureaux d'AirBnB ... Les exemples ne manquent pas ! 

 

© Caroline Morin

09 - Des bureaux comme des lieux de vie 

Place du village, bibliothèque, salle de sieste, coins cosys ou lounge ... Il y a quelques années, il aurait été difficile de croire que ce vocabulaire serait désormais rentré dans le lexique des projets tertiaires. Et pourtant ... Dans les derniers projets d'amé­nagement, sur les salons, dans les showrooms, il est courant de retrouver des ambiances, des revêtements et du mobilier emprun­tés à l'habitat, à l'hôtellerie ou encore à la restauration. Rappelant tantôt l'univers du café-bar, tantôt son propre salon, les bureaux se parent d'un esprit « cocooning » avec des matières, des cou - leurs et des assises ultra confortables ou décalées et cherchent à recréer des lieux de vie, propices à l'échange et à la détente. Les exemples ne manquent pas, et ce, de la start-up jusqu'au grand groupe: One Point, Danone, Criteo, Never Eat Alone, Prestashop ou encore We are social, avec ses canapés et tapis colorés, ses lampes géantes en papier, sans oublier sa (fausse) cheminée ! Certains donneurs d'ordres vont même directement chercher des designers réputés dans le milieu de l'habitat et de l'hôtelle­rie. Dernier exemple en date : L'Oréal, qui a fait appel à la déco­ratrice Sarah Lavoine pour ses bureaux à Levallois où le noyer et le marbre côtoient le velours et le lin. Et ici ou là, des cadres, luminaires ou miroirs rappellent la maison.  

 

© Saguez & Partners, agence de design global / Frederic Baron Morin

10 - Des bureaux « libérés » ? 

Traduction spatiale d'un léger effacement hiérarchique? Ou simple conséquence de la montée en puissance du collaboratif? Toujours est-il que de plus en plus de managers et autres dirigeants cèdent du terrain au collectif. Ainsi, le dernier étage à la vue imprenable n'abrite plus forcément les bureaux du comex ... Mais plutôt des espaces communs. Ce qui s'avère être une très bonne nouvelle pour les salles de réunion et autres RIE jusqu'ici trop souvent enterrées au sous-sol. Mais les habitudes ne changent pas en un jour. Il est encore très fréquent d'apprendre que toute une société est passée au flex office et a donc abandonné les bureaux personnels ... sauf pour le codir ! Des contre-exemples font cependant peu à peu leur apparition : chez Groupama Immobilier notamment, où le CEO a renoncé à son bureau personnel, ou encore au siège social d'Edimm, où on ne trouve plus aucun bureau de direction ... On se souvient aussi du PDG d'Icade qui postait fièrement il y a quelques mois sur Linkedin la photo de son nouveau bench, au cœur de l'open space.