Président de la chambre professionnelle du chauffage, de la plomberie, et du sanitaire au sein de la FFB Bas-Rhin et gérant de son entreprise, Alain Gangloff regrette le peu d'engouement que la filière procure chez les jeunes et l'ouverture d'entreprises sans personnel qualifié.

Quelle est la situation dans le Bas-Rhin ?Il y a actuellement un réel malaise. Comme partout en France, les professionnels souffrent de la hausse des charges et du prix du carburant et, parallèlement, nous devons faire face à une concurrence inexpérimentée. En Alsace, les particuliers ont beaucoup souffert du démarchage abusif sur les pompes à chaleur. Le produit leur était vendu comme une solution écologique et économique. Au final, ils ont déboursé pour certains jusqu’à 20 000 €, et ont été obligés 3 ou 4 ans plus tard d’enlever leur PAC parce qu’elle avait été mal installée ou que la puissance n’était pas adaptée à leur logement trop mal isolé. Et le problème, c’est que les installateurs avaient fermé boutique, faute de compétences. Il faudrait obliger les artisans à passer des diplômes avant d’ouvrir leur entreprise. Cela nécessite aussi de travailler en profondeur l’attractivité du génie climatique auprès des jeunes.Justement, que pensez-vous de la réforme sur l’apprentissage et la formation professionnelle ?Je suis ravi que le gouvernement veuille changer les choses, sauf qu'on ne parle que d’argent. Je veux bien des subventions, mais encore faudrait-il qu’il y ait des jeunes intéressés en face ! Le bâtiment souffre d’une image de filière poubelle. Si, dès le collège, on pouvait montrer concrètement tous les métiers et leur technicité, je suis persuadé qu’on attirerait plus de monde. Parfois, quand je demande aux adolescents de me décrire le métier de chauffagiste sanitaire, ils me répondent « c’est pour déboucher les chiottes ». Ils ne se rendent pas compte qu’on fait des calculs de dimensionnement, qu’on étudie les produits avant de les brancher. C’est un des métiers les plus complexes de la filière bâtiment. J’espère qu’un jour, on sera aussi populaire que les métiers de bouche. Peut-être qu’on devrait faire une émission TV à la manière de Top Chef.Le Premier ministre a récemment annoncé la fin du fioul en France, vous y croyez ?Sincèrement, non. Pour supprimer le fioul, il faut du gaz dans chaque agglomération, et on en est encore loin. De plus, même si le gouvernement met en place des aides comme le CITE ou les chèques énergie, pour les particuliers, le financement de leurs travaux ressemble à une usine à gaz. Bien sûr, sauvegardons notre planète, mais simplifions les dispositifs. D’autant, que, si votre chaudière fonctionne, vous n’allez pas du jour au lendemain tout changer. Sans compter que, dans 3 ans, nous aurons certainement un nouveau gouvernement qui s’amusera à tout modifier. Et ce sera retour à la case départ pour nos clients, comme pour nous.