Les 14 cm d'épaisseur d'isolant sont disposés en deux couches croisées de 7 cm
La rénovation des 13 000 m2 de toiture de la halle Freyssinet devait prendre en compte de nombreux critères, particulièrement en termes de formes et de couleurs. Des exigences respectées grâce au complexe d'étanchéité.

Un bâtiment de 34 000 m², 310 m de long, 70 m de large, divisé en trois nefs… Les dimensions de la halle Freyssinet dans le 13e arrondissement de Paris, actuellement en rénovation, sont à l'image de l'ambition de son propriétaire Xavier Niel, patron du groupe Iliad. L'homme d'affaires destine en effet le bâtiment à devenir le plus grand incubateur du monde dès la fin de l'année. Plus de 1 000 start-up prendront leur quartier au sein de cet immense volume ouvert dans lequel l'installation de containers offrira différents niveaux d'occupation. Espaces de coworking, fab lab, auditorium, salles de réunion et bar restaurant ouvert 24h/24 seront ainsi disponibles.

Lancés en décembre 2014, les travaux dureront deux ans pour réhabiliter cette ancienne gare classée aux Monuments historiques, située au pied de la Bibliothèque nationale de France. La conception a été confiée à l'agence d'architecture Wilmotte et associés architectes.

Les 13 000 m² de voûte nervurée en béton ont été entièrement désamiantés avant la rénovation de l'ensemble du complexe d'étanchéité. Le choix des matériaux a été notamment dicté par l'épaisseur du support, ne dépassant pas 5 cm par endroits. Cette finesse ne permettait pas le recours à des fixations mécaniques qui risquaient de traverser le béton. Enfin, l'étanchéité d'origine, formée de brai de houille recouvert d'une membrane bitumineuse, n'offrait pas suffisamment d'adhérence pour recevoir un système collé.

L'entreprise Etandex, en charge du lot, a alors proposé une solution de « double coque » : un bac acier est mis en œuvre directement sur le support. Une isolation en laine de verre (Panotoit Confort d'Isover) de 14 cm disposée en deux couches croisées de 7 cm fixées mécaniquement permet d'épouser le cintrage de la voûte. « Pour conserver les différences de hauteur créées par les nervures, nous avons également disposé 14 cm d'isolant en tête des reliefs », explique Manuel Decoodt, directeur de travaux chez Etandex.

MONUMENT HISTORIQUE

En tant que Monument historique, le bâtiment est soumis aux exigences des Architectes des bâtiments de France (ABF). La couleur de la toiture rentre notamment dans ces critères. Par conséquent, « la teinte de la membrane d'étanchéité devait se rapprocher au maximum de celle du béton. De plus, vu la configuration de la toiture, difficile d'accès, nous avons préconisé une pose à froid ». Le choix s'est porté sur une membrane en polyisobutylène (Rhépanol FK de chez 3T) qui présente la particularité de se fixer par Gripfix : des bandes auto-agrippantes sont liaisonnées mécaniquement au support tous les mètres ainsi que sur les relevés et les nervures. La feuille synthétique vient y adhérer grâce à un feutre disposé en sous-face.

L'intégralité des matériaux a été acheminée en toiture par le centre du bâtiment encore ouvert, des monte-charges. « Nous devons donc avoir tout mis en œuvre avant l'arrivée des verrières qui fermeront l'accès », rappelle Manuel Decoodt. La rénovation de l'étanchéité devrait s'achever en mai, après sept mois de travaux.

Construit entre 1927 et 1929 pour la Compagnie d'Orléans, le site est l'ancienne halle des messageries de la gare d'Austerlitz. Il était destiné à abriter les opérations de transbordements train-camions. L'ingénieur Eugène Freyssinet y a expérimenté la technique du béton précontraint dont il a déposé le brevet en 1929. Son classement aux Monuments historiques en 2012 a permis d'éviter sa démolition.