Transposer le savoir des sciences sociales et humaines au monde du travail, c'est sonder l'expérience immuable de l'Homme dans sa pratique de l'espace. C'est accepter notre profond besoin d'appropriation, de territorialisation  ; c'est comprendre les ressorts de son bien-être; imaginer son équilibre professionnel et personnel à travers une vision systémique et le prisme d'un vaste écosystème, attractif, collectif, serviciel. Comme le définit l'éthique du care, c'est aussi prendre soin, de ses besoins, de sa place dans l'entreprise, laquelle peut y puiser une source d'inspiration managériale éclairée, et résolument d'actualité.

«Tout ce que l'homme est et fait est lié à l'expérience de l'es­pace», introduisait voici 50 ans l'anthropologue Edward T. Hall pour illustrer la théorie de la « proxémie* », une approche du rapport à l'espace matériel trou­vant plus que jamais résonnance à l'échelle de l'environnement de travail aujourd'hui. Avant le bureau individuel, les plateaux compartimentés, l'open-space, le flex-office ... , avant même que le collaborateur ne fasse l'objet de stratégies de QVT, les sciences sociales avançaient déjà combien l'expérience de l'Homme dépen­dait de ses besoins proxémiques, de l'accès à la nature, de mar­queurs quotidiens, et combien la pratique de l'espace détermi­nait sa vie sociale, profondément bousculée en ces temps de pan­démie. « À l'heure où le télétra­vail se généralise, poussant les organisations à rationaliser les mètres carrés, rendre les espaces plus fortement identitaires, don­ner un nouvel élan à la coopéra­tion, à l'apprentissage et à la convivialité, et renforcer ce fai­sant leur attractivité auprès des salariés, la dimension spatiale du travail est devenue un enjeu crucial», observe Benoît Mey­ronin, directeur conseil et stra­tégie chez Korus (et par ailleurs professeur à Grenoble Ecole de Management), qui puise dans les enseignements anthropo­logiques et sociologiques les ressorts fondamentaux des réflexions autour de l'environ­nement de travail de demain.

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Une vision systémique, au-delà du cosmétique

Échanges matinaux à la machine à café, transport domicile ­bureau, discussions infor­melles au déjeuner ... , les repères d'hier ont volé en éclat, rappe­lant le bureau au bon souve­nir des « confinés » par sa fonc­tion essentielle de lien social, de convivialité, mais également de frontière précieuse entre vie pro et vie perso. Si recréer ces rituels géographiques et tem­porels fait partie des attentes fortes des salariés, cette structu­ration de l'espace dépend moins de l'esthétique matérielle que de la culture que l'entreprise cherche à y associer, explique Benoît Meyronin : « Au-delà de l'aspect qualitatif du design et du mobilier, qui prend parfois le pas sur les aspects managériaux, le design des espaces doit d'abord être pensé selon des usages de plus en plus évolutifs, au ser­vice de l'expérience du collabo­rateur et des intentions straté­giques de la marque/ marque employeur. À l'opposé d'un bâti par essence figé, un environne­ment adapté aux nouvelles pra­tiques de travail exigera une approche hybride, partagée, mobile,fluide, raisonnablement digitalisée, dans un continuum d'espace-temps intégrant cette nouvelle logique triadique entre bureau, tiers-lieux et domicile. » Décorsetée, décloisonnée ... , l'en­treprise embarque avec elle tout un écosystème, un vaste champ des possibles. De la salle de réu­nion à la chambre à coucher, en passant par le coworking, tout espace devient potentiellement « travaillable », habitable, adapté aux différents temps forts d'une même journée. «À l'aune de cette implosion de l'espace-temps réfé­rent (au domicile, la vie privée, au bureau, le travail, selon des cadres horaires établis), l'environ­nement, les services doivent être réfléchis via une approche systémique intégrant les nouveaux leviers de stratégie managériale et relationnelle, les intentions de l'entreprise, ses valeurs, son enga­gement sociétal et sa relation à ses territoires. D'immobile, l'en­vironnement de travail devient également cinétique, en ce sens qu'il aide à mettre en mouvement les personnes, à accompagner les changements de perceptions, les attitudes et les comportements. Et il devient aussi plus forte­ment symbolique et identitaire, levier de ces transformations, des attentions aux occupants et du storytelling qu'une marque veut véhiculer. » 

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Benoît Meyronin : directeur conseil &

Bien-être du collabora­teur : do you « care » ?

Dans cette vision systémique, l'attention portée aux collabo­rateurs prend un sens nouveau, devenant socle de réflexion et de transformation à part entière. Une éthique du « care » que Korus s'attache à déployer sous différents prismes allant de la santé et du bien-être au travail, à l'éco-conception, l'éco-ges­tion, ou encore au design via la création d'espaces« attention­nés » ... , une somme de détails qui permet de concevoir des espaces et des services incar­nant cette logique du« prendre soin ». « Cette forme d'éthique a pour nous des implications managéria les concrètes, notam­ment pour ce qui concerne la liberté et la capacité d'action dont dispose le collaborateur, poursuit Benoît Meyronin. La santé au travail est quelque chose de profondément mana­gérial, au sens du « pouvoir d'agir ». Le directeur Conseil & Stratégie du groupe Korus s'en défend, l'idée s'inscrit au-delà de la simple notion de bienveil­lance. Déclinaison globale d'une stratégie RSE, la transposition du« care » à l'univers profession­nel vise autant à amplifier l'ap­proche du bien-être au travail, de surcroît en cette période de crise sanitaire, qu'à questionner la distribution de l'espace, l'amé­nagement, son rapport au pou­voir. « Faire entreprise ensemble, sentir que l'on appartient à un collectif, à un destin commun, nécessite de redéfinir l'espace de manière plus égalitaire, désilo­tée. Abattre les murs des espaces individuels d'un côté, accroître les interactions de l'autre ... , dans le rééquilibrage à prévoir avec l'essor du télétravail, Jaire des espaces flexibles un pivot encouragera davantage d'agilité pour anticiper les mouvements à venir sur les usages.» Confiance, écoute, pouvoir d'agir, recon­naissance, les piliers du « care » balisent les pistes pour évoluer de façon concrète, structurante, en parallèle d'un accompagnement des collaborateurs dans la trans­formation des espaces. Une inspiration plus qu'une injonction pour réenchanter le bureau. 

RETOUR D'EXPERIENCE 

La société savoyarde ALPHI, expert français des solutions de cof­frage, a sollicité Korus pour concevoir son siège social, en lien avec les deux dépôts de l'entreprise. À travers un programme de visites d'entreprise, une sensibilisation à la notion de« care » et au travers d'un cycle d'ateliers mobilisant 70 collaborateurs, les plans ont été dessinés pour intégrer« dans les murs » cette logique de l'attention à l'autre. Le siège social sera prochainement inauguré (contexte sanitaire oblige), mais les équipes y sont d'ores et déjà installées. 

LE « CARE » SELON KORUS

C'est une source d'inspiration pour concevoir et réaliser des espaces plus attentifs à leurs occupants, centrés sur l'expérience de vie.

C'est également une source d'inspiration pour repenser les pra­tiques et les modèles managériaux en lien avec la transformation des espaces, avec comme fondations les notions d'attentions, de relation à l'autre et de réciprocité.

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KORUS LE GROUPE KORUS EN CHIFFRES 1991 :

création de Korus

500 réalisations annuelles

250 collaborateurs

15 implantations, dont 12 en France et 3 en Europe

168 M€ de chiffre d'affaires 

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