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BIM Exploitation : tout à inventer

Charles Knappek | 1 septembre 2019 |

© Vinci Facilities
Hier encore embryonnaire, le BIM Exploitation concerne aujourd’hui quelques dizaines de sites en France et sans doute des centaines dès l’an prochain. Une révolution technologique qui soulève de nombreux enjeux et difficultés… Focus.

Le morceau est gros et il faut le digérer vite. Devenu incontournable en très peu de temps, le BIM Exploitation – en résumé les données numérisées, « la maquette numérique » d’un bâtiment mise au service de son exploitation – est encore en cours de définition. C’est sur le terrain que les acteurs, à force d’expérimentations, de tâtonnements, voire d’échecs, en crayonnent les contours.

Il faut dire que les difficultés sont nombreuses. La première concerne la collecte des données : que mettre dans la maquette numérique ? S’il est souvent présenté sous la forde Mérignac », témoigne Nicolas Cugier, directeur des services généraux FM chez Thales. Le géant de l’électronique est sous contrat de FM avec Vinci Facilities pour l’ensemble de ses 59 sites français. Une solution BIM Exploitation a d’abord été déployée sur deux des principaux sites Thales à Vélizy (Yvelines) et Mérignac (Gironde) après une mise en conformité de la maquette BIM Exploitation qui a demandé plus de deux ans de travail pour chacun des bâtiments.

 

« BIM Light »

Le coût de la mise à jour, s’il est réel, n’est pas rédhibitoire quand les sites concernés sont récents et ont bénéficié du BIM Construction, comme c’était le cas à Vélizy et Mérignac, respectivement livrés en 2014 et 2016. En revanche il peut l’être pour les exploitants de bâtiments anciens qui souhaiteraient passer au BIM Exploitation en l’absence de maquette numérique. Dans cette hypothèse, les exploitants n’ont pas d’autre choix que de mettre en place un BIM Exploitation de moindre intensité, un « BIM Light » concentré par exemple sur les murs et les cloisons, et adapté aux particularités de chaque bâtiment. « Refaire une maquette sur un bâtiment existant coûte très cher, mais on peut incorporer des briques en modélisant dans un premier temps les endroits stratégiques, (les salles de réunion, les couloirs…) et à terme créer un hub numérique au sein du bâtiment, explique Daniel Berger, responsable innovations au sein de la direction innovation expertises et méthodes de Spie Facilities. Au fur et à mesure, la maquette, même si elle reste imparfaite, pourra se développer et proposer de nouveaux services. » En tant que spécialiste de la maintenance des bâtiments et du FM, Spie Facilities développe pour ses clients, via sa plateforme « Smart FM 360° », des fonctionnalités qui lui permettent d’opérer sur n’importe quelle maquette numérique. Chez Thales, Nicolas Cugier abonde : « numériser complètement un bâtiment ancien à un niveau de détail élevé est une folie. Il faut partir de l’usage pour définir ce qu’il est nécessaire de numériser. » En l’occurrence, Thales et Vinci Facilities expérimentent le BIM Light sur le site Thales d’Etrelles (Îlle-et- Vilaine). L’objectif à terme est d’étendre le BIM Light à l’ensemble des sites français de Thales, en tenant compte des besoins de chacun. En fonction de leur typologie (site tertiaire, industriel, ou mix des deux), les cas d’usage de la maquette numérique peuvent en effet être très variables, même si certaines demandes ont tendance à revenir plus souvent : « en général, les directions immobilières locales avec lesquelles nous discutons s’intéressent d’abord à la maîtrise des m2, détaille David Ernest, directeur développement et innovation chez Vinci Facilities. Elles veulent savoir qui est où, qui utilise combien de surface, comment elles peuvent en optimiser l’usage et comment arbitrer l’attribution des espaces de travail. » Les questions liées aux prestations techniques, par exemple la géolocalisation des pannes et des demandes d’intervention, n’interviennent qu’ensuite, suivies de près par la question du pilotage du prestataire FM.

 

Nouveaux métiers

Ce dernier sujet, avec la gestion des interactions entre les personnels, constitue pourtant un autre enjeu majeur. Le BIM Exploitation fait en effet travailler ensemble différents corps de métier (gestionnaires techniques, personnels en charge de la qualité de vie, services informatiques…). Pour bien fonctionner, il a besoin d’une équipe pluridisciplinaire. « Le client nous parle souvent de sa maquette 3D, mais ce n’est pas l’enjeu, décrypte Christophe Bonnenfant, directeur opérationnel IDF Services chez Spie Facilities. L’enjeu est de savoir qui gère ce nouvel outil numérique pour qu’il soit toujours à jour au quotidien. » De nouveaux métiers apparaissent tels les BIM data managers, véritables chefs d’orchestre à l’aise avec les outils informatiques, assez curieux pour s’intéresser à tous les sujets et capables de faire le tri pour ne pas intégrer de données qui ralentiraient la maquette.

« Nous avons regardé s’il existait des métiers pour exploiter une maquette numérique. Nous n’en avons pas trouvé et nous avons donc développé notre propre cahier des charges », confirme David Ernest, chez Vinci Facilities. Le FMer a ensuite développé des cas d’usage dédiés aux services, et plus seulement à la technique. Ces services incluent notamment la conception et le monitoring des espaces. « Nous avions prévu un interfaçage de la maquette numérique avec le système de réservation des salles de réunion pour permettre aux techniciens de planifier leurs interventions, poursuit David Ernest. Nous nous sommes vite dis que la maquette numérique pouvait devenir le système de gestion du preneur. »

Sur le terrain, l’exploitant qui confie la partie FM à un prestataire attend aussi de ce dernier qu’il dispose d’un personnel à niveau pour appréhender la maquette et l’utiliser, a minimadans le domaine multi-technique. L’enjeu est de faire référencer aux techniciens l’ensemble de leurs gestes directement dans la maquette. Le gain procuré par cette normalisation des savoir-faire est colossal. « On ne remplace pas des savoir-faire par le BIM, c’est simplement le BIM qui permet de les recenser, explique Nicolas Cugier, chez Thales. Cela permet de sortir des prestations multi-techniques où les donneurs d’ordres cherchent à payer au moins cher des prestataires qui peinent à définir la valeur du service fourni tout en protégeant leurs marges. »

 

Sécuriser les données

Au-delà du multi-technique, la dimension services aux occupants (accueil, logistique, nettoyage…) soulève d’autres difficultés. Le BIM Exploitation permet en effet d’avoir un entrepôt de données cohérent qu’il faut ensuite pouvoir interpréter et utiliser. Organiser les prestations de nettoyage en fonction de la fréquentation du site est une mission qui relève de plus en plus de profils d’ingénierie servicielle. « On ne peut pas demander à un agent de propreté d’interpréter une maquette BIM, résume Nicolas Cugier. Mais il doit être en mesure de recevoir les informations de manière simple pour effectuer son travail dans des conditions optimales. » Une condition à cela, les systèmes d’information des prestataires doivent être compatibles avec la maquette.

En pratique, l’ensemble des éditeurs numériques, au lieu de chacun recréer une maquette de leur côté, utilisent la base de données mise à disposition par l’exploitant d’un site, « piochent » dedans et font tourner leur logiciel métier pour voir comment se comporte le bâtiment. Si la définition de règles communes d’utilisation fera donc partie des enjeux à court ou moyen terme, « on doit aujourd’hui pouvoir faire appel à différentes solutions d’éditeurs », souligne Daniel Berger, chez Spie Facilities. Il ajoute : « le BIM Exploitation se développe à l’international, son cadre reste à définir, notamment en matière de sécurisation des données. Il ne faut donc pas se lancer dans une solution unique. » Chez le client, la sécurisation des données est souvent ce qui ralentit le plus le déploiement du BIM Exploitation. La sécurisation des interconnexions entre la maquette et d’autres systèmes (GMAO, ticketing…) susceptibles d’être des vecteurs d’attaque du BIM apparaît d’autant plus nécessaire que les bâtiments sont appelés à échanger entre eux. Dans la ville connectée, la « smart city » de demain, tout le monde devra parler le même langage. Daniel Berger conclut : « en tant que spécialiste de la maintenance des bâtiments et du FM, nous nous devons d’avoir une veille conséquente sur l’évolution du BIM Exploitation. C’est une brique au sein de notre écosystème métier et nous avons bâti toute l’infrastructure pour l’y intégrer. »



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