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Déplacements

Repenser la mobilité en entreprise

Grégoire Thais | 1 septembre 2017 |

© Pyc Edition VF
L’émergence des nouveaux modes de travail n’est pas un phénomène affectant uniquement les taux d’occupation des bureaux : elle induit également une évolution des pratiques en matière de mobilité. Retour sur les enjeux de la mobilité pour les entreprises ainsi que sur les préconisations pour adapter son organisme à ces évolutions sociétales et environnementales.

Peu d’employeurs l’ont en ligne de mire, mais le 1er janvier 2018 tout site regroupant plus de 100 salariés devra disposer de son Plan de Déplacements d’Entreprises (PDE). Une obligation qui date de 2015 et du vote de la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) et qui renforce une mesure déjà proposée dès 2006 pour remédier aux effets négatifs de la pollution atmosphérique en région parisienne. Les pouvoirs publics cherchaient alors surtout à préserver l’environnement et la santé des habitants de la région. Ce faisant, ils ont aussi soulevé une problématique urbaine concrète, celle de l’engorgement des voies et moyens de transport, et par la même, déclenché l’occasion pour les entreprises d’adapter leur organisation aux nouveaux modes de travail. En effet, bien que non contraignant, le PDE est un instrument permettant d’optimiser sa situation, voire même d’anticiper certaines évolutions à venir. La question du transport est de plus intimement liée à d’autres enjeux tout aussi cruciaux pour l’entreprise : le management, la performance immobilière, la productivité sans oublier le bien-être des salariés.

 

 

Le travail : un temps… et un lieu

C’est un lieu commun de le rappeler : les moyens de transport et les réseaux sont continuellement saturés dans les grandes agglomérations. En 2015, un Francilien mettait ainsi en moyenne 68 minutes pour son trajet domicile-travail aller-retour*. Une problématique qui a des manifestations concrètes pour des millions de salariés et des milliers d’entreprises : retards, absences, télétravail improvisé, etc. Un manque à gagner pour tous qui pourrait pourtant être évité. Déjà, l’apparition et le succès des solutions innovantes que sont le covoiturage, l’autopartage ou les espaces de travail « délocalisés » est le signe qu’il est temps d’évoluer dans les pratiques, tant pour les particuliers que les entreprises. Cette révolution de la mobilité rejoint directement celle de l’évolution des modes de travail touchant déjà de plein fouet les organisations. « L’arrivée massive du numérique a considérablement transformé le travail, offrant une souplesse d’organisation recherchée autant par les salariés que les employeurs. Sans compter l’explosion de l’emploi non salarié, correspondant à 40 % des créations d’emplois en Île-de-France sur les dix dernières années », observe Mireille Bouleau de l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme d’Île-de-France. Du côté de la dimension temporelle, les horaires tendent à être de plus en plus souples et à s’aménager en fonction de nouvelles contraintes : vie personnelle, état du réseau de transports, etc. Des phénomènes qui risquent de se poursuivre si l’on en croit certaines études prospectives : ainsi, « une majorité des salariés pense crédible la fin des horaires fixes et du CDI dans le futur », selon une étude de JLL. D’autres acteurs immobiliers envisagent – et organisent déjà pour certains – la disparition du bureau traditionnel. À titre indicatif, on dénombre déjà près de 500 espaces de coworking implantés sur le territoire français.

 

Des mesures concrètes

À ces différentes tendances, le PDE peut répondre sur le volet des transports. Essentiellement un outil d’information, il permet d’inciter les salariés à évoluer dans leur mode de transport pour répondre à des objectifs de fluidité et de réduction de l’empreinte écologique, mais aussi d’être un levier à un projet de transformation des organisations. Sans avoir recours à la contrainte, le PDE suit une démarche qui commence par un état des lieux et la définition d’objectifs, en cohérence avec la stratégie d’entreprise, pour aboutir à la mise en place de mesures variées. « Celles-ci vont d’un travail sur le comportement (communication détaillée sur les moyens de transport à disposition des salariés, incitation salariale, etc.), à des nouveaux moyens ou services dédiés comme les navettes, l’abonnement à des espaces de coworking, les services à la personne sur place… Elles peuvent même aller jusqu’à toucher l’organisation profonde du fonctionnement de l’entreprise lorsque cette dernière opte par exemple pour des horaires décalés, du télétravail ou un aménagement en desksharing », détaille Mireille Bouleau. La coordination de ces actions permet l’optimisation de l’ensemble des déplacements de ses salariés dans son parc immobilier, grâce à l’utilisation de ces différents leviers. À moyen terme, un amortissement des éventuelles dépenses engagées pour l’entreprise est réaliste : disparition des indemnités kilométriques, augmentation du temps de travail effectif, réduction de l’absentéisme, amélioration du bien-être… C’est ce qu’a vécu par exemple un centre de maintien à domicile genevois, qui, à la suite d’une étude en interne sur le stress et l’absentéisme au travail liés aux conditions de circulation en voiture, a décidé de mettre en place un PDE pour améliorer la santé de ses salariés. Il a alors opté pour des vélos électriques ainsi que deux voitures en autopartage à disposition des collaborateurs, parvenant ainsi à réduire les temps de trajets et, in fine, le stress des salariés. La démarche peut aussi être partagée avec ses voisins sous la forme d’un PDIE – Plan de Déplacements Inter-entreprises – qui mutualise les moyens et intègre dans ses mesures les déplacements des salariés voisins qui empruntent les mêmes axes, un plan notamment fait pour ceux travaillant sur une zone d’activité industrielle ou un aéroport.

 

Un enjeu de management et de stratégie

Ainsi, optimiser les déplacements de ses salariés mène naturellement à la question des modes de travail et du mode de transport. Un regard sur l’offre d’espaces de travail et de modes de transport alternatifs permet d’envisager la multiplicité des solutions et leurs différentes combinaisons possibles. En matière de lieux, de nombreux types d’espaces de travail « hors les murs » ont vu le jour : coworking, fablab, incubateur, etc. Ils semblent se spécialiser selon qu’ils offrent un bureau mutualisé ou qu’ils proposent des espaces de créativité, de rencontrer des indépendants ou encore qu’ils proposent des services particuliers. Une offre protéiforme que certains tentent de centraliser dans un seul outil, à l’image de la plateforme Neo-nomade. Concernant les modes de transport, des alternatives aux modes traditionnels ont également vu le jour comme la mutualisation de parcs automobiles ou l’adoption d’un système de crédit mobilité : « une solution pour innover sur les modes de gestion des moyens de transport consommés par les salariés et qui s’ouvre également à un usage personnel, payé par le salarié », explique Emmanuel Nedelec de la société Ubeeqo.

Face à ces diverses solutions, les entreprises ont les moyens pour penser la réorganisation de leur schéma de mobilité. Cependant, il est probable de rencontrer quelques écueils ou limites dans ce genre de démarche : phénomène de désocialisation ou d’isolement des salariés, faible réactivité des collectivités en matière d’évolution des schémas de transports locaux, investissements en matériel ou aménagement, remise en cause des avantages statutaires (voiture de fonction), etc. Afin d’y faire face et de s’y préparer au mieux, Marc Godard, du cabinet de conseil Wavestone, rappelle aux entreprises « de ne pas oublier la nécessité d’avoir recours à des mesures d’accompagnement ». « Un projet de déménagement doit impliquer forcément les instances de représentation du personnel (IRP), tandis que le passage à un télétravail généralisé appelle à vérifier l’adéquation du management des équipes (importance des gages de confiance mais aussi de la capacité à maintenir un relationnel) », explicite-til. Sans oublier quelques autres grands acteurs extérieurs comme l’Ademe, qui peut être concertée sur des questions de méthode de réalisation d’un PDE, ou la région Île-de-France pour le financement d’un tel projet. À la clé de ces démarches d’optimisation, de nombreux gains pour les entreprises, qui concordent directement avec les politiques actuelles d’amélioration de la qualité de vie au travail, recherche de la performance économique et responsabilité sociale et environnementale. En interne, il appartiendra donc au responsable de l’environnement de travail de porter haut le sujet de la mobilité. Et bonne nouvelle, pour l’y aider, de nombreuses solutions existent d’ores et déjà.

 

 

avantages d’un PDE

La mise en oeuvre d’un plan de déplacements entreprise répond à une logique de développement durable puisque les bénéfices sont à la fois d’ordre économique, social et environnemental.

 

Les bénéfices économiques

Le PDE permet à l’entreprise de diminuer les coûts imputés aux transports et d’optimiser son fonctionnement à travers ses déplacements, donc d’augmenter sa productivité. Une telle démarche, responsable et citoyenne, est également un plus en termes d’image.

 

Les bénéfices sociaux

Le PDE entraîne une diminution des frais de déplacements domicile/travail des salariés et améliore leurs conditions de travail et de transport (moins de stress et de perte de temps, plus de confort). Le PDE est aussi un outil de dialogue social dans l’entreprise.

 

Les bénéfices environnementaux

Le PDE permet de limiter les nuisances correspondantes (pollution atmosphérique, bruit…), de réduire la demande énergétique et de récupérer des espaces publics, notamment en diminuant le stationnement sur la voie publique.



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