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Fiche pratique

Un environnement de travail biophilique en quatre étapes

| 1 mai 2017 |

© DR
Avec 75 % d’urbains à l’horizon 2050, le rapport des citadins au vivant est vital. Tant de surfaces intérieures et extérieures restent à aménager et à animer ! Zoom sur quatre conseils pratiques, pour un environnement de travail biophilique.

Qu’elles soient sauvages ou cultivées, les différentes formes du vivant en ville constituent, pour la population urbaine, le principal – parfois le seul – lien avec la nature. L’enjeu est important pour la qualité de nos lieux de vie comme pour les habitats naturels. Les recherches convergent en effet pour montrer que, plus l’on vit connecté à la nature, plus on la protège. La notion de biophilie, défi - nie il y a plus de trente ans par l’écologue américain Wilson, met en exergue le « penchant naturel, instinctif, qui nous pousse à rechercher un contact authentique ou dérivé avec le vivant » . Plus de 9 Fran - çais sur 10 considèrent le contact avec les arbres, les plantes, les jardins, comme un élément essentiel de leur équilibre de vie. 83 % des jeunes diplômés souhaitent des bureaux végétalisés et font de la végétalisation des espaces de travail un des tout premiers critères de choix de leur job, devant le numérique ! Cette demande sociale, facteur d’attractivité des entreprises, motive une évolution des pratiques de gestion des « espaces verts » et stimule l’innovation pour créer de nouvelles « natures urbaines ». La biodiversité urbaine n’est pas la panacée, mais un formidable outil créateur de liens dans les entreprises. Rendre son environnement de travail plus « biophi - lique » permet d’initier un projet transversal et fédérateur. Ensemble, le DET et le jardinier créent le terreau favorable à l’épanouissement des écosystèmes comme des collaborateurs : l’entreprise devient fertile.

 

Concevoir : la clé d’un projet adapté

 Souvent absente des consultations, la phase d’étude est pourtant une des clés de la réussite d’un projet de paysage. Elle n’est pas réservée qu’aux seuls grands chantiers. Elle permet de guider les choix d’aménagement, d’entretien et d’animation de la manière la plus rationnelle possible. Elle facilite leur approbation par la direction générale et leur appropriation par les collaborateurs, grâce notamment à l’établissement de visuels et d’un budget. Un premier entretien permet d’aborder l’ensemble des composantes du paysage : géographie, climat, architecture et design, usages, valeurs et culture, nature et intensité de la gestion souhaitée, budget, etc. Les deux principaux enjeux : proposer un aménagement au plus près des usages et anticiper la gestion. Avec le DET, à l’échelle d’un espace ou de toute l’entreprise, le paysagiste concepteur définit un parcours des usagers. Il s’agit d’aborder chaque espace par les fonctions auxquelles il répond et de lui attribuer les formes d’aménagement végétal les plus adaptées.

 

 

Aménager : décliner le végétal

 2010, désignée année internationale de la biodiversité par l’Onu, a sans conteste marqué un tournant dans la prise en compte du vivant par les organisations, et tout particulièrement les entreprises. Depuis, les ruches ont fait florès, la presse en faisant son miel... Est-ce là le seul levier d’intégration de la biodiversité ? Les possibilités d’aménagement sont à l’image de la diversité des êtres vivants, multiples : plantes, jardins, dispositifs d’accueil de la faune, fleurs, fruits au bureau, etc. L’important est de créer un projet cohérent, de tisser un fil vert, de l’extérieur à l’intérieur. Une entreprise implantée dans un parc d’activités peut par exemple mettre à profit la surface d’espaces libres dont elle dispose pour accueillir la flore et la faune locales, en semant une prairie de graines indigènes et installer des hôtels à insectes. Les cheminements peuvent constituer un parcours santé pour favoriser le sport au bureau, une promenade pédagogique, etc. Dans un environnement plus urbain, les surfaces sont optimisées. La culture en pots, de toutes tailles et matières, permet d’aménager de petites surfaces, y compris en terrasses. La tendance est à l’emploi de végétaux qui éveillent les sens, comme les aromatiques ou les agrumes. Le détournement de contenants usagers accentue la charge symbolique : des carrés potagers peuvent ainsi être cultivés dans des palox, ces caisses servant à l’origine à la cueillette des fruits dans les vergers. Et à l’intérieur, les motifs exotiques des plantes d’origine tropicales, issues des expéditions botaniques, sont devenus iconiques : Monstera, Ficus lyrata ou encore Kentia, mis en valeur dans des contenants aux matériaux organiques comme le bois, les vanneries et la terre cuite. Le végétal accompagne également le message de l’entreprise : enseigne végétale, tableau végétalisé ou mur végétal. Coté services, la livraison hebdomadaire de bouquets de fleurs connecte les collaborateurs au cycle des saisons et constitue un rituel. Enfin, ces dernières années, l’évolution tend vers l’intégration du végétal au mobilier. Ainsi, les arbres poussent au cœur des mange-debout ou d’une borne accueil par exemple... Et pour la santé de tous, la mise en place d’un service de fruits au bureau relie aussi symboliquement aux végétaux environnants.

 

 

L’entretien : derrière chaque plante, il y a un Homme

 Un espace vert est avant tout un espace vivant. L’entretien est capital. Là encore, aucune formule magique, mais une maintenance différenciée suivant le type d’ouvrage et les objectifs visés. La phase d’étude prend tout son sens : bien anticipé, l’entretien est le prolongement logique de l’aménagement. L’innovation est aussi à l’œuvre en la matière, afin de se passer de produits phytosanitaires. Pour mémoire, depuis le 1 er octobre 2013, la réglementation impose à tout applicateur de produit phytosanitaire de disposer d’un certificat, individuel, obtenu après une formation, le Certiphyto. La loi relative à la transition énergétique, votée à l’été 2015, interdit l’emploi de produits phytosanitaires par les collectivités et sur les voiries. Cette interdiction, qui sera étendue en 2019 aux particuliers, accompagne une mutation des pratiques. Composer des jardins à la flore plus diversifiée réduit leur vulnérabilité. Bien nourrir et arroser les végétaux est un facteur de succès de leur développement. Accueillir la faune dite auxiliaire participe de la création d’un écosystème. Pailler les massifs limite l’évaporation et réduit la consommation en eau... Par ailleurs, la protection biologique consistant notamment à introduire des insectes spécifiques pour protéger les plantes, a profondément modifié l’approche d’entretien. Certaines entreprises ont entrepris de grands travaux paysagers sans souscrire à l’entretien approprié. Les retours d’expérience sont unanimes : au lieu de se développer, l’investissement se dégrade rapidement et une affirmation est récurrente : « jardinier, c’est un vrai métier » . Plusieurs formules existent. La location-abonnement des plantes et contenants, pour un aménagement intérieur ou une terrasse, permet par exemple à l’entreprise cliente de répartir la charge sur plusieurs exercices.

 

Animer : un nouveau métier, pour expliquer, impliquer et valoriser

 Quel est le point commun entre la rose d’un bouquet, la pomme d’une corbeille de fruits au bureau et une abeille sauvage ? Les deux premières sont en parenté : rose et pommier sont de la famille botanique des Rosacées. Comment le vérifier ? Leurs fruits, la pomme et le cynorhodon (qui fournit le fameux « poil à gratter »), présentent une même structure. Comment se forment-ils ? À 80 %, la production de pommes dépend des insectes pollinisateurs, au premier rang desquels figurent les abeilles, élevées dans les ruches, et leurs cousines sauvages, accueillies dans les nichoirs à insectes. Manger une pomme, au-delà d’un geste de santé au travail, est donc un acte qui connecte le salarié à son environnement. Ainsi raconté, le projet prend du sens. Alors que le rôle du  jardinier était, il y a encore peu, cantonné à un objectif de maintenance, il s’élargit à une fonction d’animation. Prévoir la rédaction de contenu pédagogique et ses modes de diffusion (étiquetage botanique des végétaux, panneaux, contenu intranet, newsletters) est utile, dès la conception. Pour accentuer plus encore la connexion entre les collaborateurs et leur environnement de travail, en plein engouement pour le Do it yourself, les jardiniers, fleuristes et maîtres fruitiers animent des ateliers pratiques : potager, taille des végétaux, accueil de la faune, confection de bouquets de fleurs locales et de saison... Les thèmes sont nombreux ! De quoi sensibiliser les salariés à toutes ces questions, mais aussi créer de vrais moments de partage et créer du lien.

 

L' AUTEUR

 

Pierre Darmet , responsable marketing et innovation des Jardins de Gally, secrétaire fondateur du CIBI-label BiodiverCity et directeur de Manière & Descamps.



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