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Transports légers

Se réinventer pour rester dans la course

| 1 avril 2017 | Workplace Magazine n°266

© Novea. Du côté des flottes, les solutions écologiques sont toujours plébicitées.
Les coursiers font actuellement face à un environnement changeant. Avec l’émergence de start-up « ubérisées », la transformation digitale apparaît comme un levier de croissance incontournable pour rester compétitif.

À l’instar de nombreux secteurs, les coursiers n’ont pas pu échapper au phénomène d’ubérisation. Depuis quelques années, de nouveaux acteurs, comme Stuart ou Deliver.eee, sont venus bouleverser le marché en cassant les prix. Leur modèle s’appuie sur des plateformes de mise en relation entre clients et coursiers. À la différence des entreprises traditionnelles, dont les coursiers sont salariés, ces start-up font appel à des autoentrepreneurs. Un challenge supplémentaire pour les sociétés de course qui font face à des difficultés depuis la crise de 2008 (baisse des commandes, pression sur les prix...). Selon le cabinet Businesscoot, le secteur compte environ 1 500 entreprises dans l’Hexagone, dont 800 en Île-de-France. La majorité d’entre elles sont des petites entreprises, le marché étant dominé par une dizaine de grands groupes, comme TopChrono, Novea ou encore Coursier.fr.

 

Vers une « mobile attitude »

Si ce phénomène d’ubérisation soulève des questions de concurrence déloyale, il pointe aussi une autre tendance du marché. Ces jeunes entreprises sont 100 % digitales puisque leur activité repose sur des applications mobiles qui facilitent la mise en relation, assurent un suivi, gèrent le paiement et permettent de noter les coursiers. « Elles sont fortes technologiquement, leurs outils sont très bien développés » , admet Julien Glavier, directeur commercial et marketing de Novea et de sa société sœur UrbanPost. « C’est évident qu’il faut s’inspirer de l’expérience client de ces start-up et proposer des outils mobiles » , reconnaît de son côté Stanislas de Berc, président de TopChrono. La société prévoit de lancer prochainement une solution mobile qui permettra aux clients de commander leurs courses depuis un smartphone. C’est également sur ce créneau du « tout-digital » que se positionne Usend, dont l’ambition est de « révolutionner » le métier de commissionnaire en transport. Créée fin 2016, la jeune pousse est spécialisée dans l’organisation et le suivi de mission-livraison. S’appuyant sur une application mobile, une hotline, une plateforme informatique et un réseau de transporteurs partenaires européens, Usend prend en charge tous types d’envois, sans limite de périmètre géographique. « Nous avons développé un algorithme qui permet d’automatiser toute la chaîne logistique de la course » , dévoile Jean-Marc Breheret, son président.

 

 

Une profession qui s’anoblit

S’ils font désormais partie du paysage de la course, les acteurs issus de l’économie collaborative ne jouent pas tout à fait dans la même cour que les entreprises traditionnelles. « Le modèle faisant appel aux autoentrepreneurs est plus adapté à des transports de marchandise sans valeur » , explique Stanislas de Berc. « Ce genre de courses s’accorde mieux aux demandes des particuliers, de la livraison de nourriture, du e-commerce et du retail » , enchérit Julien Glavier. Les acteurs traditionnels ont donc encore des cartes à jouer dans le BtoB et apportent des gages de qualité aux donneurs d’ordres. Certaines socié - tés de course, comme Novea, disposent par exemple de véhicules adaptés au transport de marchandises très onéreuses, munis d’une double porte à l’intérieur, de vitres renforcées et d’un système de blocage. Top-Chrono possède, lui, une expertise très pointue dans le domaine du luxe, depuis le rachat en 2014 d’Excel Courses. Avec cette prestation premium, le groupe bouscule l’image classique du livreur. Les marchandises sont acheminées par des coursiers en costumes. Il propose aussi des camionnettes munies de portants pour le transport des vêtements de luxe. Par ailleurs, la tendance à la diversification se poursuit et les offres périphériques sont de plus en plus nombreuses. Tournées régulières, livraisons en e-commerce, stockage, logistique, livraisons en Europe et à l’international, opérateur postal, réalisation de visas professionnels... Ce champ d’intervention élargi leur permet de rester compétitifs tout en restant dans un univers qu’ils maîtrisent.

 

Le green toujours tendance

Du côté des flottes, les solutions « vertes » sont toujours plébiscitées et permettent de répondre aux critères RSE des donneurs d’ordres. Les courses urbaines à vélo ont désormais pignon sur rue dans les grandes villes. Novea utilise depuis 2013 un logiciel de GPAO (gestion de production assistée par ordinateur) qui permet d’attribuer directement aux livreurs en vélo des commandes pour des courses dans Paris et en petite couronne. Ce logiciel optimise également les trajets plus éloignés, en favorisant dès que possible les solutions écologiques. « Par exemple, si un de nos coursiers récupère un pli à Versailles pour une livraison dans Paris, le logiciel lui proposera de l’acheminer en véhicule motorisé jusque dans notre hub de cyclistes à Porte Maillot et le pli sera ensuite distribué à Paris à vélo » , détaille Julien Glavier. Ce mode de circulation pose toutefois des problèmes d’ordre sanitaire, notamment lors des pics de pollution. « Les entreprises adhérentes au SNTL (Syndicat national des transports légers, ndlr) se sont engagées à proposer des masques à leurs salariés et à ne pas les faire rouler dans de telles conditions », indique Antoine Cardon, délégué général du SNTL. Autre alternative green possible : les véhicules électriques. Si le secteur lorgne sur cette option depuis de nombreuses années, son utilisation reste marginale. En cause, la faible autonomie de ces véhicules, le manque d’infrastructures adaptées et des offres encore pauvres de la part des constructeurs. Pour le moment, TopChrono et Novea possède chacun une dizaine de voitures électriques. Novea envisage aussi de s’équiper en scooters électriques d’ici cet été. Lentement, mais surement, la profession développe sa mobilité électrique. En ligne avec une transformation digitale inévitable, le secteur démarre une révolution profonde de son activité.

Que dit la réglementation ?

 

Ne s’improvise pas coursier qui veut. Le transport léger de marchandise pour le compte d’autrui est soumis à un cadre réglementaire strict. Il suppose en premier lieu une inscription au registre des transporteurs et des loueurs. La course est également réglementée par la convention collective des transports. Elle impose, entre autres, une formation obligatoire pour les coursiers primo- accédant (AFT IFTIM) et une rémunération conventionnelle des coursiers. Les sous- traitants et commissionnaires de transports sont également soumis à des obligations légales. Ils doivent notamment s’assurer que les sociétés auxquelles ils ont recours ont bien une licence pour exercer. Ces réglementations sont valables pour les véhicules deux roues ou quatre roues motorisés. « Il existe un vide juridique concernant la livraison à vélo » , souligne Antoine Cardon, délégué général du SNTL. Il déplore par ailleurs le fait qu’il est très difficile de contrôler les autoentrepreneurs motorisés, et de vérifier qu’ils ont bien leur licence. De fait, le SNTL a engagé une procédure pour distorsion de concurrence contre trois plateformes : Stuart, Deliver.ee et Colisweb. Démarrée en janvier dernier, cette bataille judiciaire devrait jouer les prolongations, les acteurs incriminés ayant décidé de contre-attaquer.



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