Profession

Covid-19 : la propreté repensée dans les bureaux

Julie Dohen | 31 août 2020 |

Crise sanitaire Pour assurer la sécurité et la santé des salariés, donneurs d’ordres et prestataires ont revu leurs copies en matière d’hygiène. Propreté renforcée, désinfection systématique… Aux grands maux les grands remèdes. Mais ces ajustements sont-ils seulement temporaires ou voués à perdurer ? Éléments de réponse.


Depuis plusieurs semaines maintenant, les salariés reviennent progressivement au bureau. Et pour une reprise sereine, la propreté est au centre des attentions. Plus qu’une simple commodité, elle est devenue un élément stratégique et indispensable à la réouverture des locaux. La nature des prestations évolue : les zones à nettoyer sont revues et les fréquences augmentées. En première ligne, les directeurs de l’environnement de travail opèrent chaque jour afin de protéger les collaborateurs et éviter toute propagation du virus Covid-19 dans les bureaux. « Il a fallu commander des stocks de gel hydroalcoolique mais aussi des masques pour tout le monde. Nous avons commencé par un très grand ménage de fond en amont. Depuis, nous faisons en sorte que la propreté puisse prendre le relai dès qu’il y a un changement de personne sur un poste de travail. Nous nous assurons d’organiser la reprise de manière optimale en termes de sécurité et d’hygiène de façon à ce que les collaborateurs reprennent le plus sereinement possible. Charge à nous de faire en sorte qu’ils n’aient pas de doute sur la propreté qui garantit l’hygiène ou sur leur sécurité », témoigne par exemple Sylvie Leforestier, responsable des services généraux chez LeBonCoin. Côté prestataires, les équipes de propreté sont restées elles aussi forcément très mobilisées. « Pendant le confinement, nous avons mis en place des équipes volantes dédiées à des opérations curatives de désinfection. Elles étaient équipées avec les EPI adéquats, formées et sensibilisées aux protocoles associés à la désinfection, raconte Éric Noleau, membre du directoire de GSF. Cela a permis de gérer rapidement les urgences et de rassurer. Nos premières interventions consistaient souvent à accompagner et conseiller les organisations paniquées. Elles nous demandaient ce qu’il fallait désinfecter, si des parois en plexiglas étaient nécessaires, etc. »

 

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© Samsic

 

Penser curatif et préventif

Une fois l’urgence du curatif et l’effet de panique passé, prestataires et donneurs d’ordres s’attèlent désormais à assurer des prestations adaptées en matière de prévention. Cela passe par exemple par un nouveau fréquentiel, « notamment concernant les points de contacts, les zones communes, les salles de réunion, etc, commente une responsable  de l’environnement de travail dans un grand groupe. Les équipes de propreté passent désormais trois fois par jour pour nettoyer poignées et écrans et deux fois par jour pour la cafétéria. Nous avons également ajouté de nouvelles surfaces à nettoyer ». Sur le siège social de Carrefour à Massy, une nouvelle signalétique a également été déployée. « Des supports indiquent qu’il faut désinfecter tel ou tel poste le soir. Une fois le nettoyage effectué, les équipes de propreté retournent le support pour faire savoir qu’elles sont bien passées », explique Fabienne Torrenti, directrice de l’environnement de travail du groupe. En plus de ce système, l’acteur de grande distribution a également constitué une équipe « spéciale Covid » dédiée aux points de contact et élaboré un guide de bienvenue destiné aux salariés expliquant les nouveaux process de nettoyage. Dans toutes les entreprises, la propreté a été renforcée pour éviter toute nouvelle contamination. « Les cahiers des charges sont revus et deviennent plus élaborés, avec notamment une désinfection des points de contact désormais systématique », note Eric Noleau de GSF. Et peu importe le prix, du moins, pour le moment. « Nous ne sommes pas sur des questions de coût, mais sur des questions d’efficacité, avec des produits adaptés », souligne Sylvie Leforestier.

 

" Face à l'inquiétude générale de la population vis-à-vis du Covid-19, une utilisation ciblée et raisonnable de la désinfection est nécessaire. Deux éléments primordiaux doivent être mis en avant : la connaissance scientifique et les protocoles "

Virginie d'Enfert, déléguée générale de l'Afise 

 

Jusqu’où aller dans la désinfection ?

Les entreprises mettent ainsi les moyens pour rassurer les collaborateurs. Mais le passage par la case désinfection est-il toujours indispensable ? Jusqu’où aller dans les process de nettoyage ? Plusieurs professionnels s’accordent à dire qu’il faut raison garder et ne pas aller sur le terrain de la sur-protection. « Face à l'inquiétude générale de la population vis-à-vis du Covid-19, une utilisation ciblée et raisonnable de la désinfection est nécessaire. Deux éléments primordiaux doivent être mis en avant : la connaissance scientifique et les protocoles », rappelle par exemple Virginie d'Enfert, déléguée générale de l'Afise (Association française des industries de la détergence), interrogée dans le magazine Services. Les entreprises de propreté ont dû s'adapter et expliquer à leurs clients qu'utiliser des solutions lourdes en matière de désinfection n'était pas toujours nécessaire. Un nettoyage initial puis régulier à l’aide d’un détergent sur toutes les surfaces susceptibles d’être en contact avec les salariés est suffisant. Car mal employé, l’usage répétitif d’un désinfectant de surface peut augmenter la résistance des autres micro-organismes (bactéries et moisissures). Le virus ne proliférant pas en dehors de l’hôte, les professionnels s'accordent à dire que désinfecter des locaux inoccupés pendant plusieurs jours ou semaines est inutile, à l'exception des cas où une personne a été infectée par le coronavirus bien sûr. « Il ne faut pas se lancer systématiquement dans une désinfection. Les entreprises de propreté doivent éviter de se laisser porter par les demandes de leurs clients en les persuadant d'être raisonnables, estime Christine David, responsable du pôle Risques biologiques au sein de l'INRS. Au préalable, une évaluation des risques des surfaces contaminées doit être réalisée, notamment selon l'affluence dans le local. » En revanche, la désinfection quotidienne des locaux occupés depuis le début de la pandémie est importante. Pour le traitement des surfaces fréquemment touchées, il existe différents procédés.

 

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© Olivier Hale

 

En cas de risque faible pour les surfaces peu contaminées (couloirs, bureaux), un nettoyage quotidien à l'aide d'un détergent désinfectant disposant de la norme EN 14476 ou avec des produits habituels contenant un tensioactif (qui inactive le virus en s'attaquant à son enveloppe lipidique) est suffisant. Si le risque est élevé (poignées, rampes, boutons d'ascenseurs…), un traitement régulier est préconisé à l'aide d'une lingette imprégnée. « La fréquence au cours de la journée est particulièrement importante, souligne Christine David. Le frottement mécanique participe aussi à éliminer le virus des surfaces. » Si une désinfection est nécessaire, il ne faut pas négliger le respect précis du protocole : nettoyage, rinçage, désinfection, rinçage.

Enfin, si un cas avéré de Covid-19 a été détecté, il convient de prendre des précautions particulières. « Les équipes de propreté doivent faire appel à une méthode plus rigoureuse, comme des lingettes imprégnées d'une solution détergente désinfectante pour traiter l'ensemble des surfaces, poursuit Christine David. Lorsque l'entreprise choisit le produit, elle doit systématiquement consulter la fiche de données de sécurité (FDS) et respecter le protocole associé. »

 

« Le bon euro au bon endroit »

Augmentation des fréquentiels, désinfection des points de contact systématique… Ces nouvelles procédures, mises en place pour répondre dans l’urgence à un risque avéré de contamination, sont-elles amenées à s’établir durablement dans les cahiers des charges des prestations de propreté ? Si les intentions en la matière sont plus que louables, certains anticipent déjà des freins budgétaires, du moins sur le court terme… « Je ne suis pas persuadée que l’on puisse garder le même fréquentiel pour des raisons économiques. Quand nous sommes en crise, le coût n’est pas un problème. Nous ne faisons évidemment pas l’impasse sur la protection des collaborateurs mais dès lors que cela ne sera plus strictement nécessaire, nous n’aurons plus les moyens d’en faire trop. Il faudra dépenser le bon euro au bon endroit », prévient une DET. Cette crise sanitaire et économique présente en effet des opportunités mais aussi des risques pour les entreprises de propreté avec lesquels la profession va devoir compter. « Nous ne pourrons certainement pas maintenir le même rythme de désinfection sur le long terme. La réalité économique reprendra ses droits sur le cahier des charges. Cependant, il peut y avoir des évolutions sur certains aspects, comme les modalités d’aspiration par exemple. Les protocoles et les fréquences de passages de l’aspirateur vont certainement être modifiés durablement », exprime Eric Noleau, membre du directoire de GSF.

 

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© Tork

 

Y’aura-t-il un avant/après Covid ?

Malgré les contraintes économiques, plusieurs DET réfléchissent cependant à améliorer leurs pratiques post-Covid. « Je pense que cette crise va changer nos pratiques d’un point de vue sanitaire et hygiène. Même si aujourd’hui, nous faisons le nécessaire, demain, certaines directions seront capables de nous demander de faire mieux et plus, et ce, tout le temps. À nous alors de trouver les nouvelles méthodes, de challenger les prestataires pour mettre en place ou pérenniser certaines mesures testées pendant cette crise », avance Fanny Lamarque, responsable adjointe logistique chez Saint-Gobain. Un avis partagé par Muriel Havas, head of facilities chez BlaBlaCar : « à mon sens, les priorités vont changer dans le choix des services et des prestations. Le ménage, qui avait jusqu’à présent tendance à être relégué, va passer au premier plan dans ce qui participe au bien-être des employés. De notre côté, nous travaillons d’ores et déjà à un nouveau cahier des charges avec notre prestataire La Providence pour y intégrer un nouveau plan de prévention, une nouvelle liste de produits, etc. Jusqu’à présent dans les discours, les sondages, c’était plutôt les à-côtés qui primaient pour attirer les talents. Aujourd’hui, la vraie valeur d’une société selon moi se trouve dans les moyens qu’elle met en œuvre pour s’assurer de la sécurité de ses employés ». La crise sanitaire entrainera-t-elle alors une prise de conscience, une véritable rupture ? C’est en tout cas ce qu’espère Philippe Jouanny, président de la Fédération des Entreprises de Propreté. « Il va être indispensable de repenser la mise en propreté et la sanitarisation des espaces, en s’appuyant sur l’expertise du secteur de la propreté et en reconfigurant les cahiers des charges. La situation inédite vécue en ce premier semestre 2020 révèle plus que jamais l’écart entre l’utilité de la production du secteur pour la société et sa reconnaissance tant sociale qu’économique ». La crise sanitaire aura en effet fait bouger les lignes et éveiller les consciences sur le rôle primordial de la propreté, dans les bureaux comme ailleurs. Reste maintenant à mettre tout cela par écrit, dans les cahiers des charges.

 

D'une manière générale, l’aspiration est déconseillée par la plupart des spécialistes. « Pour éviter de relarguer dans l'air le virus, une étanchéité totale de l'aspirateur est nécessaire en plus du filtre Hepa, comme ceux utilisés en salles blanches ou pour les poussières d'amiante », précise Olivier Haution. Or ce ne sont pas les matériels les plus courants et les meilleurs marchés, en particulier dans le tertiaire. Pour l'entretien des moquettes, l'INRS préconise alors un aspirateur doté d'un filtre Hepa et de la classe H pour l'étanchéité. « Le filtre Hepa ne suffit pas, ajoute Laurent Fleurynck. L'aspirateur doit être parfaitement étanche entre le couvercle et le réceptacle. » Si les aspirateurs ne sont pas équipés d’un filtre Hepa mais que les entreprises veulent tout de même que l’aspirateur soit passé, Eric Noleau recommande très fortement alors de choisir le moment opportun pour passer l’aspirateur. « Il faut laisser au moins 12h d’intervalle entre le dernier passage d’un occupant et le passage de l’aspirateur de façon à réduire l’existence potentielle de particules infectées sur le sol. Cela peut-être par exemple le lundi matin », explique-t-il.



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