Immobilier et exploitation

OUVERTURE

Les bâtiments tertiaires élargissent leurs horizons

Audrey Fréel | 12 janvier 2018 |

Lauréat du concours « Inventons la Métropole du Grand Paris », le programme Ecotone situé à Arcueil et conçu par le groupement d’architectes Triptyque, Duncan Lewis, Oxo et Parc sera un pôle d’excellence de recherche et développement du Biomimétisme. Il intégrera entre autres un pôle tertiaire de 65 000 m², des commerces de proximité bénéficiant à tout le quartier, un pôle de restauration responsable, un hôtel et une crèche.

Exit les entreprises intégrées et enfermées sur elles-mêmes. L’externalisation et le recours à un modèle plus coopératif leur ont permis d’élargir leur périmètre. Résultat : le concept d’entreprise étendue est en plein développement. Et l’immobilier accompagne cette tendance.

« Jusqu’à présent, les sociétés étaient trop cloisonnées et cela se traduisait physiquement par des cloisonnements géographiques entre des immeubles de bureaux, des immeubles de restauration, des immeubles de logement, etc. », analyse Emmanuel François, le président de la Smart Building Alliance for smart cities (SBA). Ce découpage tend cependant à s’effacer depuis quelques années. «Les modes de travail évoluent et requièrent plus de flexibilité. Il y a une volonté de s’adapter en permanence à toutes les configurations. Dans le bâtiment, cela va se traduire par une flexibilité des usages et, au niveau urbain, par un concept de mixité », précise Olivier Estève, directeur général délégué de Foncière des Régions. Cette mixité des usages se coconstruit aujourd’hui avec les différentes parties-prenantes du bâtiment tertiaire : les investisseurs, les promoteurs, les architectes et les utilisateurs du quartier (habitants, entreprises, salariés). «Après des débuts parfois compliqués, le concept de mixité est aujourd’hui devenu plus mature et devient incontournable dans les nouveaux quartiers comme dans les opé- rations de régénération urbaine», indique Olivier Estève. Le nouvel immeuble Silex 1, situé au cœur du quartier d’affaires de la Part-Dieu à Lyon, illustre cette démarche. Livré en début d’année par Foncière des Régions, celui-ci héberge notamment les bureaux de BNP-Paribas, Axxes et Nextdoor. «Le rez-dechaussée de cet immeuble met à disposition des utilisateurs du bâtiment et des habitants du quartier une agence bancaire innovante connectée et un café. Nous avons également installé une œuvre d’art visible depuis la rue », détaille Olivier Estève. Pour mettre au point ce projet, le groupe a travaillé main dans la main avec le Grand Lyon qui a impulsé la démarche « socle actif, sol facile». «À travers cette initiative, la collectivité souhaite que les immeubles tertiaires disposent d’espaces ouverts sur la ville avec des commerces, des showrooms, des espaces éphémères, etc. », informe Olivier Estève.



Une démarche gagnant-gagnant

Le partage de l’espace urbain peut apporter de nombreux avantages aussi bien aux promoteurs immobiliers, aux collectivités qu’aux entreprises et usagers de ces bâtiments. «Nous rentabilisons chaque mètres carrés construit et pas uniquement sur un plan économique », souligne Olivier Estève. Un bâtiment fonctionnant en réseau peut permettre d’enrichir l’offre de services aux occupants et aux habitants du quartier puisqu’il permet d’atteindre un nombre d’usagers supérieurs, permettant par exemple d’installer un lieu de restauration, une crèche ou encore un système d’autopartage, qui n’auraient pas été envisageables autrement. Il peut également créer des synergies d’affaires, en faisant cohabiter des collaborateurs venant d’horizons différents. Les espaces de coworking, qui émergent dans les immeubles, offrent la possibilité aux bâtiments d’être plus inclusifs. Foncière des Régions surfe sur cette vague et a ouvert fin octobre son premier espace dans Euromed Center, à Marseille, au sein d’un immeuble dont il est propriétaire. De son côté, le promoteur Gecina a lancé en début d’année Secondesk. Via ce concept, la foncière met à disposition au sein de certains de ces immeubles dont elle est propriétaire, des espaces ouverts aux salariés des sociétés louant des bureaux auprès de Gecina. Ces initiatives intéressent de plus en plus les directions immobilières et de l’environnement du travail. Par ailleurs, les entreprises disposant de mètres carrés vacants n’hésitent plus à créer ellesmêmes leurs espaces de coworking. Tout comme les gares, les lieux publics… Le tout générant de plus en plus d’interaction entre les salariés de socié- tés variées, les freelances, etc.

 

Acteur du territoire

Ces démarches s’incluent dans une logique plus globale : l’insertion de l’entreprise au sein de son territoire, but couru par bon nombre de sociétés aujourd’hui. « Certaines politiques de RSE visent, entre autres, l’insertion de l’entreprise à son territoire. Elles peuvent par exemple mettre en avant le rapprochement local avec des fournisseurs ou des clients », raconte Cyril Hergott, responsable RSE, Environnement et Papier chez Riposte Verte, une coopérative qui accompagne les sociétés dans leur politique RSE. «Dans les services de restauration, cela peut se traduire par le recours à davantage de produits locaux. Certaines sociétés peuvent aussi engager des partenariats avec des écoles ou des associations locales », ajoute-t-il.

 

Les nouvelles technologies en fer de lance

« Aujourd’hui, les directions immobilières orchestrent une certaine mixité dans l’utilisation des usages. Les espaces sont moins attitrés et davantage partagés », poursuit Emmanuel François. Les nouvelles technologies sont au cœur de cette transition vers de nouveaux écosystèmes et permettent l’émergence des smart builings et smart cities. « Un bâtiment intelligent est ouvert à son environnement et aux différents usagers. Il permet d’accroître la valeur d’usage », explique Emmanuel François. Un bâtiment connecté assure notamment une meilleure maî- trise de l’énergie et s’intègre plus facilement au sein d’un écoquartier. «Nous en sommes encore à un stade embryonnaire mais la gestion énergétique des territoires deviendra clé dans les années à venir. Les nouvelles technologies permettront la mise en place de bâtiments interconnectés dans un territoire intelligent, capables de gérer les surconsommations énergétiques d’un quartier et d’engendrer des économies substantielles », illustre Emmanuel François. Les enjeux sont également importants en termes de mobilité. « Il est possible de mettre au point des systèmes de mobilité intelligents et partagés grâce au numé- rique, à l’instar des technologies d’autopartage », note Emmanuel François. Connectés au territoire, décloisonnés, intelligents, flexibles… Les bâtiments de demain devront composer avec ces différents critères.

 



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