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En route vers la propreté connectée

| 13 février 2017 |

(c) Atalian
Si les robots nettoyeurs font beaucoup parler d’eux, ils sont loin d’être la seule innovation technologique mise en place par les prestataires de propreté ! La révolution digitale est en marche. Et les intérêts sont multiples. Tour d’horizon.

L’émergence de la robotique dans l’univers de la propreté professionnelle ne date pas d’hier. Philippe Jouanny, vice-président de la Fédération des entreprises de propreté (FEP) et président de la FEP Île-de-France s’en souvient. « La branche s’était déjà emparée du sujet dès 1985. À l’époque, la RATP et La Comatec, filiale de la Compagnie générale des eaux, ainsi que d’autres entreprises, devenaient partie prenante de réflexions sur le sujet auprès de la fédération. Les premières innovations voyaient le jour. Mais ce projet commun de robotisation a été abandonné 8 ans plus tard tant pour des questions de logistique, que de fiabilité, de limites techniques ou encore de coûts. En clair, l’expérience n’était pas concluante ! ». Mais le sujet n’a jamais totalement disparu des écrans radar pour autant. Et aujourd’hui, il revient sur le devant de la scène. La fédération a d’ailleurs mis en place un groupe de travail sur le sujet, constitué d’entreprises de propreté et de fournisseurs européens, sous l’égide du CTIP, la cellule R&D de la branche. « Depuis 2 ans, nous nous y intéressons de nouveau, notamment parce que les robots investissent déjà le marché B to C », souligne Philippe Jouanny.

 

Du B to C au B to B

En effet, la robotique investit bien des secteurs ! « L’automobile avec l’autonomisation de la conduite, la médecine avec des robots capables de réaliser des opérations de plus en plus complexes, mais aussi les métiers des prestataires de services… », liste Floréal Peix, directeur technique, méthodes et qualité d’Elior Services. « La capacité croissante des systèmes embarqués permet de plus en plus d’autonomie et les robots capables d’évoluer seuls dans leur environnement sont devenus une réalité ». Cette croissance du marché domestique pourrait-elle se produire dans le milieu professionnel ? Pour l’instant, on ne peut pas parler de percée spectaculaire. Les robots de nettoyage constituent néanmoins une part importante de la robotique de service professionnelle. « Même si ces technologies sont encore très peu déployées, elles suscitent un intérêt général fort. Les expérimentations et développements se multiplient », confirme Nicolas Guiraud, directeur innovation au sein du groupe Onet. « Mais loin d’une robotisation de masse, celle-ci s’accomplit principalement sur des marchés spécifiques et de niche », précise Floréal Peix.

 

Marché de niche

En effet, à ce jour, le marché B to B n’envisage l’usage de robots que sur quelques segments tels que les ERP, les centres commerciaux, les hôpitaux, l’industrie et la logistique ou encore les transports. En tout, ces surfaces ne représentent que 28 % du marché. « À horizon 2017, la robotisation d’une partie des prestations ne concerne que moins de 10 % du marché », mesure Philippe Jouanny, de la Fep. Malgré l’importante couverture médiatique accordée au sujet, dans les faits, il reste donc marginal. Mais il avance ! « Différentes machines sont en test sur un certain nombre de sites et tous les fabricants n’ont pas tout commercialisé. Des phases bêta sont en cours », confie l’expert de la Fédération.

Mais ces robots, à quoi serventils ? Parfois, à faire un peu de bruit… « Certaines annonces servent avant tout l’image des sociétés ! C’est moderne, novateur, visuel… Même si l’utilité finale ne semble pas évidente », consent Philippe Jouanny. « Mais la robotique peut aussi servir un vrai but ». Floréal Peix, d’Elior Services, développe. « Elle peut jouer un véritable rôle de prévention / diminution des risques, ou d’aide à l’action des agents pour des zones difficiles d’accès notamment, comme le souligne l’exemple de une extension du cadre des prestations, parmi les impacts positifs notables pour les directions de l’environnement de travail ». Alexis Trenteseaux, responsable de groupe chez Sodexo Hygiène et Propreté, ajoute : « dans le nettoyage en milieu industriel par exemple, où la robotisation est en plein essor, elle permet de réduire la pénibilité des tâches et les risques de co-activité et, par conséquent, d’améliorer la sécurité au travail ».

 

Vers la « cobotique »

En tout cas, tous les acteurs parlent de robots qui viennent travailler en totale complémentarité avec l’homme… « Aujourd’hui, on ne parle plus de robotique mais de cobotique », martèle Philippe Jouanny. « Il ne faut pas voir le robot en opposition au travail mais plutôt travaillant en collaboration avec l’homme. Un certain nombre de tâches de nettoyage pouvaient être robotisées pour diminuer la pénibilité des opérateurs, tout en augmentant leur productivité. Les robots peuvent être utilisés pour l’entretien couran de surfaces degagées tandis que les agents de propreté se concentrent sur un nettoyage plus spécialisé ». Les tâches à faible valeur ajoutée pour les robots, les autres pour les hommes… Les plus complexes mais également les plus ardues restent donc à la charge de ce bon vieil humain. Les coins les plus encrassés, l’intérieur des machines, les sanitaires ou encore l’extérieur des grandes baies vitrées seront ainsi toujours nettoyés par des salariés… du moins pour quelques temps encore !

 

Digitalisation : la véritable évolution

Mais au-delà de la robotique, à la portée limitée, le secteur de la propreté mise beaucoup sur d’autres innovations. Ainsi, la digitalisation et les objets connectés transforment aujourd’hui bien davantage les prestations en cours.

« L’ensemble de ces outils est rentré dans le secteur aussi bien pour contrôler les prestations, que pour assurer leur traçabilité, favoriser la communication entre les équipes, avec les clients », confirme Floréal Peix, d’Elior Services. Contrôle qualité, formation ou reporting digitalisés, aspirateurs, autolaveuses, portes ou encore sanitaires connectés qui donnent de l’information sur leur usage, un niveau de satisfaction ou un niveau de consommables… « Dans les bureaux, ces innovations ne manquent pas d’intérêt ! », se réjouit Nicolas Guiraud, directeur innovation d’Onet. « Elles permettent globalement de mieux connaître et en temps réel l’environnement dans lequel l’entreprise de propreté intervient. Ceci devrait permettre à terme une meilleure adéquation de la prestation de nettoyage avec les besoins du site. Le coût associé à ces technologies est cependant un élément déterminant dans le cadre de contrats de bureaux tertiaires », nuance-t-il. Alexis Trenteseaux de Sodexo Hygiène et Propreté mise aussi sur l’intérêt des objets connectés. « Ils font leur apparition petit à petit, en particulier dans le milieu tertiaire. Que ce soit pour mesurer la satisfaction des usagers ou la fréquentation des espaces de vie et de travail, ils vont permettre d’avoir des retours plus réguliers sur la prestation car trop souvent elle est jugée en cas de défaut ». Et comme le précise Stéphane Hulin, directeur commercial et marketing de Samsic Facility, la mesure de la fréquentation des espaces permettra d’ajuster au mieux les interventions de nettoyage selon le rythme de vie sur site. Un atout qui sera particulièrement apprécié « au sein des secteurs où la fréquentation est variable (hôtellerie, site en travail collaboratif, aéroport, santé ...), qui imposent de fait une information immédiate pour adapter au mieux nos prestations et leur niveau de qualité ». Alexis Trenteseaux, de Sodexo Hygiène et Propreté, vante également les vertus de cette digitalisation des prestations. « De nombreuses solutions digitales sont particulièrement présentes chez nos clients grands comptes sur des sites ayant plus de 1 000 occupants : borne de sondage interactive, capteurs de porte, distributeurs sanitaires connectés… Accompagnement du travail en journée, demandes d’intervention instantanées, formation technique et sécurité via tablette, remontée d’incidents en direct, etc. sont autant d’éléments qui sont facilités par les nouvelles technologies et renforcent la professionnalisation des services ». La propreté connectée est en marche. Reste à explorer toutes les pistes pour identifier les plus utiles.

 



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